Récupérer sa motivation profonde : l’autodétermination

Autodétermination. Ce terme de psychologie, au-delà de son aspect rigide, représente un principe créateur, une racine profonde en Soi qui permet l’expansion et la réalisation en tant qu’individu.

Posséder l’autodétermination, c’est sentir que l’on est bien celui ou celle qui a décidé de sa vie, de ses choix, et j’irai même au-delà en disant « de sa pensée ».

On distingue 3 grandes catégories de motivation :

  1. L’autodétermination, ou motivation intrinsèque.
  2. La régulation identifiée, introjectée ou externe, qui représentent la motivation extrinsèque.
  3. L’amotivation ou absence de motivation.

Revenons sur les termes peu poétiques de régulation identifiée, introjectée et externe. Que signifient-ils ?

 

Régulation identifiée :

La personne fait un choix en fonction d’un résultat désiré. C’est ce qu’on pourrait appeler le choix mature. La personne souhaite obtenir un résultat, juge de l’importance de ce résultat, prend une décision qui lui convient, et en acceptera les difficultés et les compromis.

Exemple : Vous adorez chanter (autodétermination), et à force de le faire et d’en apprécier les retombées positives sur votre satisfaction personnelle, les réactions positives de votre entourage, le sentiment d’appartenance à un groupe, vous développez un souhait de devenir chanteur d’opéra. Vous faites le choix d’entrer au conservatoire, et de travailler dur.

 

Régulation introjectée :

La personne fait un choix en fonction du souhait de son entourage. Elle intériorise le désir de l’autre, pour éviter de ressentir de la culpabilité ou de la peur.

Exemple : Vos parents vous ont forcé à entreprendre des études de médecine. À force d’étudier, vous avez fini par en retirer une certaine satisfaction. Vous avez privilégié l’intérêt que vous portiez à ce domaine, et choisi d’occulter vos désirs personnels. Les années passant, vous pouvez dire avec honnêteté que vous aimez votre métier, en raison des résultats positifs obtenus sur votre satisfaction personnelle, les réactions positives de votre entourage, et le sentiment d’appartenance à un groupe.

 

Régulation externe :

La personne a un comportement dicté par les récompenses et les punitions. Les choix d’actions sont déterminés par un dressage systématique.

Exemple : Vous avez été habitué à recevoir un bonbon à chaque fois que vous faisiez correctement votre exercice de math. Par contre, si vous refusiez de le faire, vous receviez un coup. Vous êtes devenu prof de math. Lorsque vous réussissez dans ce domaine, vous ressentez un soulagement, et activez en vous le sentiment de récompense. Tandis que toute idée d’abandonner ce domaine vous fait ressentir une profonde insécurité.

Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt

 

La très grande majorité de la population agit et vit au quotidien à partir de la régulation introjectée et de la régulation externe. Ce sont ceux qui ont réussi selon les conventions sociales.

Les régulés introjectés représentent l’élite de cette population : ils ne ressentent pas de souffrance au quotidien, ce sont les « enfants doués » dont parle Alice Miller. Ils ont développé un faux-soi fort, et leurs défenses sont parfaitement en place. Ils ne comprennent pas le mal-être, vont « de l’avant », et entretiennent le mythe qu’ils ont réussi à force « d’autodétermination », grâce à la validation constante de leur réussite. Ils sont admirés et enviés, tout ce qu’ils entreprennent réussit, ils correspondent aux standards mis en avant par la société (composée de leurs pairs).

Voudraient-ils se remettre en question qu’ils ne le pourraient pas : Comment juger de soi-même à partir de critères élaborés par d’autres ?

Les régulés externes représentent la 2ème grosse caste de la population : ce sont ceux qui échouent mais qui tentent par tous les moyens d’accéder à la caste des introjectés. Leur faux-soi est défaillant : les mauvais traitements subis ne leur permettent pas d’avoir des défenses solides, et leur mal-être constant les font se sentir incompris par les standards de la société.

Néanmoins, ils ne voient pas d’autre issue que celle de persévérer dans la quête du succès selon les normes établies. Ils souffrent dans le silence dicté par la honte, ou font des thérapies cognitivo-comportementales, spiritualo-développement personnel, dans le but d’atteindre cette fausse sérénité que promeuvent les publicités pour les téléviseurs haute-définition ou les yaourts au bifidus actif.

Les introjectés votent avec sérénité pour le parti qui représente leurs intérêts sociaux et financiers. Les externes votent pour enfin obtenir réparation. Les introjectés sont aisés financièrement, stables dans leurs relations, . Les externes sont le plus souvent pauvres et instables, mais se persuadent du contraire par divers moyens d’auto-persuasion.

Pour résumer, nous pourrions dire que les introjectés n’ont pas (plus) besoin de faire d’efforts pour avoir le sentiment de leur propre réussite, tandis que pour les externes, cela représente un travail difficile de tous les instants (dont ils sont régulièrement épuisés).

 

Les groupes minoritaires sont les amotivés et les autodéterminés.

 

Les amotivés

Les amotivés agissent tout en rejetant mentalement ce qu’ils sont en train de faire. Ce sont des esclaves, des prisonniers, des persécutés. Sont-ils plus libres que les introjectés, dans la mesure où ils savent très bien ce qu’ils veulent réellement ?

Je pense que ce n’est pas aussi simple. Selon moi, les enfants sont tous à l’origine des autodéterminés potentiels, passant temporairement par la case de l’amotivation, avant d’accéder à la régulation introjectée ou externe.

Ils ne peuvent persévérer dans l’amotivation, puisque le but des régulations est justement de réguler. C’est un mode de survie mentale. De plus, un enfant n’est pas libre de ressentir son propre désir si le parent ne le lui autorise pas, il ne pourra donc pas garder le secret de son désir profond de façon consciente. C’est l’enfermement du Soi dans les contrées innacessibles de la psyché.

Par contre, si le régulé introjecté ou externe se retrouve temporairement emprisonné dans une situation d’amotivation, il considérera son désir introjecté comme son véritable désir secret de liberté. Il rêvera d’une autre prison dorée.

Dans le cas de l’adolescent qui, temporairement bouleversé par sa modification hormonale, et un accès à une nouvelle liberté d’agir (moins de surveillance, et accès au jugement, à la pensée des autres adolescents dans un cadre détaché de la parole parentale), une phase temporaire d’amotivation se crée, que l’on nommera « crise d’adolescence ». Il rejettera en masse les dogmes, mais rapidement rattrapé par les retombées négatives potentielles, se raccrochera à de nouvelles croyances, valorisées par le groupe. Les valeurs de ce groupe perdront rapidement tout intérêt devant le jugement généralisé (habillement ou manière de parler jugées ridicules), et l’adolescent reviendra à ses précédents états de motivation. Il n’est pas rare d’entendre des adultes introjectés dire « J’étais un petit con » en parlant d’eux-même lors de leur tentative de libération.

 

Les autodéterminés

 

Les autodéterminés représentent une toute petite catégorie de la population. Et parmi eux, nous pouvons distinguer 2 catégories :

Les autodéterminés conscients et les autodéterminés inconscients.

Un autodéterminé inconscient a grandi dans un cadre très sécurisant, et a été habitué à vivre libre d’agir et de ressentir. Il ignore tout de la possibilité de ne pas vivre de cette manière. Les réseaux se créent en fonction de valeurs et de contexte familial. Une famille aimante ne tolérerait pas de personnes maltraitantes chez elle. Les enfants auront donc accès à leurs parents aimants, mais aussi à leurs amis aimants, et leurs enfants aimés. Encouragés par la dynamique positive du groupe, une spirale vertueuse se crée et ils n’auront jamais à réfléchir à tout cela. C’est le cas de certaines tribus isolées, mais aussi de certaines familles suédoises, qui considèrent comme la préhistoire l’époque où il était autorisé de châtier les enfants.

L’inconscience réside dans le fait d’ignorer le contexte global de l’humain. C’est une forme d’ignorance et peut-être même de déresponsabilisation. Cela pose ensuite une question philosophique : doit-on se responsabiliser du bien-être de l’autre, et si oui, à quelle échelle ? Sa propre famille, son village, son pays, sa planète ?

 

Et enfin, la dernière catégorie, la plus rare, mais qui tend à s’étendre, et je l’espère, se répandra comme une bonne maladie parmi les humains avant que la Terre ne devienne invivable, les autodéterminés conscients.

Ce sont des personnes qui viennent souvent la catégorie des régulés externes, et, à force de chercher comment accéder au bien-être (qu’ils pensaient obtenir à l’origine en accédant à la caste des introjectés), ont eu la merveilleuse opportunité de croiser le chemin d’autres autodéterminés conscients. Thérapeutes, amis ou auteurs de livres, qui leur ont permis de découvrir en eux le sentiment incroyable de s’appartenir à soi-même.

Car l’autodétermination passe avant-tout par un sentiment : le sentiment du SOI. Avant de savoir quoi faire de sa vie, on doit pouvoir ressentir sa propre vie. Avant de ressentir un désir d’agir, on doit ressentir que notre capacité d’agir n’appartient qu’à nous.

 

Vous avez peut-être remarqué que je n’ai pas encore parlé d’une catégorie : Quid de la régulation identifiée ?

 

La régulation identifiée

Je n’ai pas classé cette catégorie, car elle ne me semble pas être en réalité une vraie catégorie. Il s’agit plutôt d’une conséquence.

Qui plus est, quelqu’un qui lit les principes de la régulation identifiée, qui je le rappelle, est la décision issue d’une motivation intérieure, pourra très bien croire qu’il possède réellement cette autodétermination, en fonction de cette description.

En effet, une personne introjectée est toute prête à croire que ses choix sont issus de sa propre volonté. Le principe de l’introjection étant intimement lié à l’inconscience, il est quasiment impossible à une personne dont l’introjection est parfaitement réussie de détecter son faux-soi en tant que tel.

Et c’est justement ce qui m’amène à tenter de résoudre : comment récupérer son Soi, son autodétermination fondamentale selon notre niveau de conscience ?

 

Récupérer sa source de vie

 

L’enfermement du Soi, pour celui qui n’y aura jamais accès, est la plus grande tragédie de ce monde. Et pour ceux qui y ont accédé, le défi le plus excitant à se donner : une chasse au trésor qui semble interminable, tant les pertes sont grandes, disséminées dans les replis les plus capricieux de la mémoire.

Lorsqu’on a déjà pu « se sentir soi-même », comme dans cette allégorie du Parfum de Süskind, où le héros tente de s’isoler de toutes les odeurs du monde afin de pouvoir sentir la sienne, on est souvent perdus. On souffre, car on est entouré de règles édictées par des introjectés, et notre besoin d’appartenance ne disparaît pas.

On serait alors tentés de résoudre ce désir d’expansion de ce Soi par la recherche de validation externe. Hors, cette validation externe est justement le modus operandi de cette vaste tragédie. La pensée de l’autre ne devient alors salvatrice que si nous pouvons nous y confronter, non nous y conforter.

La particularité de cette situation nécessite un traitement particulier, qu’il me semble encore nécessaire d’inventer. Comment nous récupérer complètement, sans prendre le risque de nous oublier ?

Le sujet est vaste, et c’est le propos de ce blog que de tenter d’y apporter une réponse. J’ai pu accéder à cette découverte, cette recherche, et à partir d’un certain niveau, se pose à moi la grande question du développement intérieur. Les racines sont plantées, l’arbre a poussé, comment faire pour que les branches, les feuilles et les fruits continuent de nous appartenir, comment protéger cette arbre des influences extérieures ?

 

Quant aux personnes introjectées, si d’aventure elles se reconnaissent comme telles, auront-elles la motivation d’entreprendre ce chemin vers Soi ? Car c’est là tout le paradoxe de la récupération de la motivation personnelle : elle doit provenir à l’origine d’une motivation à accéder au mieux, forcément mal identifié, puisque la société nous vend cet ersatz de bonheur à un niveau de lavage de cerveau industriel.

 

2 Comments

  1. Lalie

    Bonjour, merci pour ce blog et ces réflexions. Ca me laisse avec plusieurs questions:
    Par quoi commencer pour « se sentir soi-même », quand la confusion et la tristesse règnent depuis des années? Quel premier pas vers la vérité du Soi? Et comment continuer le chemin? Est-ce nécessaire de travailler avec un thérapeute?

    • Sophie

      Je ne peux que te dire ce que j’ai fait moi : Remettre en question son éducation, ses parents, prendre au sérieux nos sentiments et les considérer comme légitimes. L’aide extérieure d’un thérapeute bienveillant et éclairé (surtout) peut être effectivement précieux, mais je doute beaucoup de la capacité de réelle conscience des thérapeutes actuels. Tu peux lire mes conseils sur l’auto-thérapie primale. J’espère que tu pourras te sortir de ça. 🙂

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