Pourquoi n’arrivez-vous pas à avoir de succès

Qu’est-ce que le succès ?

Est-ce que je parle d’argent ou de gloire ? Pas spécialement.

Le succès est l’accomplissement de notre destinée : là où nous sentons que notre être nous dirige. Il n’y a pas d’objectivité en matière de réussite.

Prenons par exemple le métier d’acteur.

Deux acteurs n’auront pas la même définition de la réussite. Certains considéreront, comme Leonardo Di Caprio, que la réussite consiste à travailler sans cesse de nouveaux rôles, à explorer les facettes du jeu les plus difficiles, à être choisi par des réalisateurs de génie, et d’être reconnu comme l’interprète le plus talentueux de sa génération. C’est un serial comédien qui ne s’arrête jamais. Là est l’accomplissement de sa destinée : c’est la forme de son succès.

Pour Daniel Day Lewis, il s’agira plutôt de s’accomplir dans sa vie personnelle et émotionnelle. Il choisit ses rôles de manière très pointilleuse et jouera peu. Il considère qu’être cordonnier en Italie vaut autant qu’être acteur pour Scorsese.

 

Et le succès peut prendre des formes très diverses :

Pour un jardinier, de créer un jardin harmonieux et équilibré, capable de le rendre autonome lui et sa famille. Pour une infirmière, de sauver le plus de vies possibles, pour un clown, de faire rire le plus de monde, pour un maître de Kung-Fu, de parvenir à maîtriser l’énergie…

Peu importe quelle est la forme du succès que vous recherchez, si vous ne le trouvez pas, c’est pour les raisons suivantes :

 

Vous cherchez l’amour

Vous ne pouvez pas dépenser d’énergie à vous accomplir quand votre être souffrant est à la recherche, vaine et désespérée de l’amour.

Je serais cruelle ici de dire « alors, arrêtez de chercher l’amour », car lorsqu’on en a manqué toute sa vie, notre énergie vitale le réclame, le désire. C’est un leitmotiv impossible à contrôler.

Impossible de s’empêcher de chercher l’amour.

Le corps hurle toute la journée : Personne ne m’aime ! Pourquoi ! Je veux qu’on m’aime ! Et il n’y a rien à faire qu’à suivre cette pulsion, car l’espoir est chevillé au corps comme un virus mortel et incurable.

Il n’y a qu’un seule façon de se sortir de ça : vider. Hurler à la mort son besoin d’amour, le pleurer à en dégueuler ses tripes, rager et cogner ses murs et son punching-ball de la saloperie qui nous a été faite : oui, c’est injuste.

Mais si on continue à ruminer sans expulser : « Je veux que la vie m’apporte ce qu’elle me doit », ou encore, pire, qu’on se tourne vers un groupe (une secte en général) censé nous apporter enfin cet amour, nous ne ferons que retarder le travail sur nous-même. Car dès lors que l’on dépend des autres pour être aimés, notre équilibre demeure le plus fragile et instable qui soit : il dépend du bon vouloir des autres.

Sans parler du chantage affectif : il faut correspondre au groupe pour qu’il continue de nous aimer « inconditionnellement ». C’est ironique bien-sûr, car c’est tout à fait conditionnel.

Mais qui sait. Si votre chemin vous emmène vers des sectes, ou vers les reproches au monde qui ne vous a pas donné ce dont vous aviez besoin, alors vous devrez passer par-là.

Quand un jour vous réaliserez, peut-être dans la terreur, que rien ne marche : ne vous tuez pas, s’il-vous-plaît, car vous êtes forcément quelqu’un de beau, et qui recèle une grande magie insoupçonnée, et rappelez-vous de vider. Revenez à votre punching-ball, et hurlez. Criez et faites péter les vaisseaux de vos yeux à force de pleurer, car chaque larme de douleur est une goutte de souffrance en moins dans le corps. Et vous contenez un puits de douleur.

Parfois ce puits est très profond. Mais dans les contrées les plus éloignées, dans les déserts du Maroc ou du Mali, on creuse des trous sur des dizaines de mètres pour atteindre l’eau, à mains nues, on descend chaque jour, pendant des mois, pour trouver la source de laquelle jaillira enfin le liquide salvateur.

Votre corps asséché peut être comme un désert : une fois, il y a longtemps, il était un paysage de verdure, et vos strates profondes s’en souviendront toujours.

Chaque parole d’amour que l’on a pas reçue crée une larme qui vient gonfler vos nappes phréatiques.

Creusez.

 

 

Vous vous créez un pays des merveilles

 

Quand le corps souffre trop, et s’il n’a jamais eu la chance de savoir qu’il manquait de quoi que ce soit, il n’a d’autres portes de sortie que la grandiosité.

Il se crée un monde magique dans lequel il s’imagine être génial, heureux et rempli de succès, alors même qu’il échoue.

Il se crée une image de lui-même qui ne correspond en rien à la réalité et se regarde dans un miroir déformant et sublimant.

Si vous êtes comme cela, prisonnier de votre être grandiose, vous êtes aussi régulièrement sujet à la dépression. Car dès que vous ne parvenez pas à faire correspondre la vie à cette image de vous-même, dès que vous prenez conscience de votre faillibilité, vous vous effrondrez.

Alice Miller en parle si bien. Je pense qu’elle a connu cette grandiosité elle-même pour en parler avec autant de précision.

Je l’ai connue aussi, et il m’arrive régulièrement d’avoir à m’y reconfronter. Ce qui m’aide, et qui vous aidera peut-être aussi, est d’essayer de prendre toute pensée positive au sujet de ma vie et de mon passé avec des pincettes : je dépose ça sur une lamelle transparente que je porte au microscope.

Ayant grandi dans une grande misère affective, et ayant été maltraitée, il me semble évident à présent que toute image de carte postale sur mon passé est faussée.

D’autre part, dès que je commence à penser ou ressentir quelque chose de positif au sujet de ma vie présente, je la confronte à un sentiment d’échec potentiel : si celui-ci m’est insupportable, c’est de la grandiosité. Si celui-ci m’est acceptable, c’est qu’il provient de mon être véritable.

Pendant des années, il m’a été très difficile de faire la différence entre un sentiment grandiose et un sentiment de joie. L’expérience joue, comme en tout, et on finit par sentir.

 

Comment se débarrasser de cette satanée grandiosité ?

Selon mon expérience, par la solitude et l’introspection. Car en tant que grandiose, nous nous dirigeons naturellement, inconsciemment vers les autres grandioses. On fréquente ceux qui peuvent nous protéger de la souffrance.

On en obtient peut-être un peu d’affection, mais surtout une confirmation permanente de notre soi-disant génie.

J’ai vécu ça longtemps. J’ai eu par exemple une meilleure amie, pendant quelques années, qui était extrêmement grandiose. Elle et moi nous sommes tirées vers le bas, tout en vivant des expériences intéressantes, épiques, amusantes, mais pas réelles. On se créait un monde dans lequel nous étions deux génies incomprises, et nous nous encensions mutuellement de nos talents incroyables. Aujourd’hui, il me semblerait ridicule de soumettre mes travaux à son jugement : je sais que je ne suis pas un génie. Je recèle en moi, comme chacun, une part de génie qui demande à s’exprimer et qui s’exprime parfois. J’essaie de me rapprocher chaque jour le plus possible de mon Soi véritable, et je base tout sur mon sentiment, non sur mon image faussée et irréaliste de moi-même.

Pendant des années, c’est cette grandiosité qui m’a empêché de me mettre à la musique. Je n’aurais pas supporté de me voir, à 20 ans, galérer sur piano, à apprendre à jouer un morceau facile de débutant : je préférais largement m’imaginer une potentielle pianiste de génie « si jamais je daignais m’y mettre enfin ».

Et voilà comment le succès arrivera si vous pouvez passer à travers ces deux gigantesques épreuves que sont le manque d’amour et la grandiosité :

 

 

En vous écoutant et en agissant

 

Vous écouter est la base essentielle de votre succès. C’est à dire vous demander ce que vous voulez vraiment, et de vous mettre au travail pour l’obtenir.

Si lire cette dernière phrase vous désespère ou vous exaspère, vous avez à traverser encore ce désert de l’introspection.

Mais cette phrase vous inspire et vous fait sentir qu’un être vrai au fond de vous demande la pleine réalisation, lancez-vous, et surtout n’abandonnez pas.

Peu importe ce que vous entamez : si vous persévérez, vous rencontrerez le succès.

Le succès contenu dans votre destinée, et non la gloire, la richesse ou la célébrité. Qui d’ailleurs ne peuvent venir qu’en agissant selon la ligne de la destinée, mais ne doivent en aucun cas en constituer le but : c’est la joie d’accomplir un processus correspondant en tout point à notre désir profond qui fait le succès.

Et si vous échouez, rappelez-vous que :

 

L’échec est un test

Tout apprentissage est fait d’une succession d’échecs. C’est le principe même de l’apprentissage. Si vous arrivez du premier coup à faire quelque chose, c’est juste de la chance, ou une prédisposition naturelle.

Si vous avez eu le malheur d’être né surdoué, vous êtes habitué, en raison d’un cerveau aux cellules gliales pleines de myéline, à ce que votre cerveau emmagasine les connaissances hyper rapidement : vous avez eu « des facilités » à l’école, et réussir à satisfaire la société, vos professeurs, vos parents, sans travailler ou fournir le moindre effort vous est habituel.

L’inverse est aussi possible : votre cerveau hyper rapide est aussi hyper sensible. Et si vous avez été maltraité, cette sensibilité s’est confrontée à l’éducation rigide et stupide de vos supérieurs hiérarchiques. Enfant souffrant constamment, on a fait passer vos échecs pour des tares insurmontables ou une incapacité génétique.

Dans un cas comme dans l’autre, vous ne supportez pas l’échec.

Vous avez tendance à vous énerver dès que vous n’arrivez pas à faire quelque chose rapidement. Il faudrait y arriver tout de suite.

Les personnes qui n’ont pas été dans cette situation et qui sont habituées à travailler et fournir des efforts pour arriver à un résultat, ont moins de craintes face à l’échec.

 

Mais la majorité des gens attribue une connotation négative à la notion d’échec.

Il est intéressant de jouer aux échecs : chaque mise en échec est une étape, pas une fin. Pour perdre, il faut être échec et mat. Mat. Ce que vous serez une fois mort : en attendant, il faut vivre et jouer la partie, avec perte de pions, et mises en échec.

 

Considérer l’échec comme une raison valable d’abandon serait comme se déclarer échec et mat alors même que le prochain coup vous mettrait dans une situation potentielle de victoire.

Mais ici la métaphore s’arrête là : votre succès n’est pas un combat. C’est un chemin.

 

C’est le pied qui dérape sur la branche avant d’arriver au sommet de l’arbre.

Ce sont les 10 mayonnaises que l’on rate avant de devenir un pro de la mayo.

Ce sont les balles que l’on fait tomber au sol avant de savoir jongler.

 

L’échec est nécessaire.

Si vous réussissez sans échec : imaginez ce que vous pourriez accomplir en acceptant d’échouer.

Même Victor Hugo raturait et corrigeait.

Même Einstein a fait de faux calculs.

 

Marchez dans vos propres pas, tombez, relevez-vous, et continuez d’avancer.

 

 

 

 

 

4 Comments

  1. Gabrielle

    L’automne dernier, j’ai enfin fait face à ça : l’échec. Pendant des semaines, je me roulais par terre en hurlant et en pleurant tellement c’était douloureux. Et ça m’arrive encore. Un livre qui m’a aidée est Les vertus de l’échec de Charles Pépin. Même si je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’il écrit, ça m’a donné des pistes et ouvert l’esprit sur cette vision de l’échec, et justement le fait que c’est une étape.
    Vraiment difficile de s’y confronter quand habituellement, tant de choses sont si facile et rapide à intégrer.

  2. Wahou, super article qui me fait grandement écho. Merci pour ton authenticité et ton partage à coeur ouvert. En effet, faire le deuil de cette grandiosité n’est pas toujours évidente mais amène tellement de détente dans sa vie. Il m’arrive encore souvent de me prendre les pieds dedans mais quand j’en sors et que je l’identifie, c’est comme si tout mon être prenait une bouffée d’air pour la première fois. Merci pour tes mots qui sont comme un baume sur mon coeur. Belle journée à toi!

    • Sophie

      Merci Céline. Je suis surprise de voir que quelqu’un comprend cette notion de grandiosité et s’y soit confronté. Il me semble qu’aujourd’hui la grandiosité est devenue la norme. La résilience, la motivation, le gain de temps, j’ai l’impression de vivre dans un monde d’hystériques. 🙂

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