Comment faire une auto-thérapie primale (2 : S’isoler)

Pratiquer un isolement, c’est s’enfermer dans un lieu sûr, confortable, dans lequel rien ne viendra nous distraire de nos émotions. C’est une étape difficile, mais si vous en ressentez l’envie, alors cette pratique s’avérera très enrichissante pour vous.

Il est bien-entendu plus facile d’évacuer les sentiments avec un thérapeute qui viendrait chaque jour chez vous, mais faute d’argent, ou de trouver le thérapeute idéal pour votre quête intérieure, vous pourrez tout à fait le pratiquer seul.

Vous aurez juste besoin d’un peu plus de courage, de volonté, et c’est pourquoi il faut vraiment sentir qu’on le souhaite, pour le faire.

Si vous en ressentez l’envie, c’est l’une des meilleures techniques pour plonger vraiment en soi-même.

 

Pourquoi faire un isolement ?

Tout d’abord, une petite explication sur le système de défense du corps humain.

Le système de défenses

Enfant, nous avons été confronté à de multiples maltraitances et nous notre petit cerveau émotionnel n’était pas prêt à affronter ces souffrances intenses.

Nous avons dans le coeur de notre cerveau, une glande appelée amygdale (ne pas confondre avec les amygdales de la gorge), qui fonctionne comme un disjoncteur électrique. Habituée à faire circuler et envoyer des informations émotionnelles à notre cerveau cognitif (cortex préfrontal), qui renverra les informations à divers centres de traitement (comme celui de la mémoire par exemple).

L’amygdale d’un bébé par exemple, peut tout à fait gérer des surprises de son environnement, comme par exemple un aboiement de chien ou l’arrivée subite d’une personne inconnue. Cela crée pourtant une grande réponse émotionnelle en lui, mais tout à fait gérable, si le bébé se sent par ailleurs protégé dans les bras de sa mère.

Donc, dès lors que la peur dépasse ce genre d’événements, cela crée un traumatisme, car l’amygdale est incapable de gérer correctement l’information : elle disjoncte. Plus le traumatisme sera grand, plus les dégâts seront grands, mais la première chose que fera le cerveau en cas de surcharge émotionnelle, est de disjoncter. Ensuite, elle renverra l’information biographique (images, paroles…), dans un centre de la mémoire impossible à accéder par la mémorisation normale (« je me rappelle que… » ne marchera pas) et conservera dans son système d’apprentissage, l’information que ce type d’événement est mortel. (Car risquant de faire cramer les neurones, d’où la disjonction).

Comme le corps adulte sera confronté de nouveau régulièrement à ce type d’agression subie, par divers mécanismes de reproduction, ou parce que la planète est remplie d’humains souffrants qui se font subir les uns aux autres des agressions quotidiennes, même légères, le cerveau lui, restera branché sur « danger mortel » dès qu’une situation similaire surviendra, alors que l’amygdale adulte pourrait tout à fait gérer l’émotion s’il n’y avait pas eu traumatisme.

Par exemple, la mère hurle sur son bébé, parce qu’il a manifesté son désaccord de manger en rejetant sa petite cuillère. Le traumatisme sera grand, car le bébé, d’une part ne comprend pas que sa mère ne le protège pas, d’autre part, n’a personne d’autre pour le protéger, et pour finir subit une agression violente ingérable pour son cerveau.

Plus tard, ce bébé devenu adulte, mangera toujours ce qu’il n’aime pas, parce qu’il a enregistré un danger mortel à rejeter la nourriture dont il ne voulait pas. Pour éviter de ressentir cela, il se gave et s’anesthésie émotionnellement par l’ingurgitation de nourritures qu’il n’aime pas, et peut enclencher une boulimie par exemple.

Pour se protéger de ressentir les traumatismes du passé, le corps possède un système de défenses très actif, qui lui permet d’entreprendre de multiples actions destinées à ne pas ressentir.

Ces actions dépendent évidemment des gens, mais voici plusieurs exemples de stratégies de renforcement des défenses :

 

Les stratégies d’évitement

Notre vie quotidienne nous offre de multiples possibilités et stratégies d’évitement, de sources extérieures permettant de renforcer nos défenses.

Les médias

Consommer de l’information à outrance est une maladie très actuelle. En se concentrant sur des histoires extérieures à la sienne, le corps ne ressent plus rien du tout, et c’est une excellente façon de se protéger des sentiments considérés « mortels » par le cerveau.

Dans les médias, il y a la télé, internet, le téléphone, mais aussi les livres et la musique. Bien-entendu, il existe une manière consciente de consommer tout cela : la recherche en soi-même peut passer par la lecture, un film, ou une musique. Mais consommer cela pour se distraire, et bien comme son nom l’indique : cela distrait.

Acheter

Encore une fois, je ne parle pas d’acheter une ampoule quand celle de votre salon a grillé, mais bien de cette compulsion d’achat qui nous pousse à traîner dans les magasins, ou aujourd’hui sur les sites de commerces.

Acheter permet de se prémunir de la sensation de manque, considérée par le corps comme mortelle elle aussi, à une époque où la privation pouvait s’avérer réellement mortelle. Par exemple, un bébé qui pleure pour manger, mais à qui la mère essaie d’inculquer « les bonnes heures de repas ».

Un cerveau de bébé ne peut absolument pas savoir que la nourriture va arriver dans 1h. Il n’est pas encore au stade du jugement, de l’appréhension de l’avenir, etc. Il a faim, et si la mère à ses côtés ne donne pas son lait, c’est qu’elle n’en a pas, et qu’il va certainement mourir.

 

La masturbation

Quand la souffrance primale est trop intense, la masturbation offre une source de réconfort immédiat.

Les déjouements du passé à travers la sexualité sont légion, étant donné que le corps humain grandi avant tout pour être sexué, et se reproduire. C’est l’une des fonctions finales du corps, et tous les traumatismes seront évidents à qui sait les observer dans le rapport qu’entretient la personne avec sa sexualité.

Se masturber sur des scénarios très précis parle d’une souffrance très ancienne, comme par exemple les perversions sado-masochistes comme les coups ou l’humiliation. Il y a un sentiment au-délà de l’excitation, et celui-ci est représentatif de traumatismes passés, si le scénario reproduit vient combler des manques ou déjouer des souffrances.

 

La sociabilisation à outrance

Être intégré dans un environnement social est un besoin vital de l’enfant. Il peut alors sentir qu’il est protégé par sa tribu des agressions extérieures, et que le groupe pourvoira à son alimentation et ses besoins premiers.

Les enfants depuis la naissance, sont confrontés malheureusement à une grande solitude, y compris quand la mère l’enferme dans sa chambre, dans un petit lit à barreaux, dans le noir, comme on range un jouet au placard.

L’enfant est confronté au sentiment mortel d’isolement quand :

  • Il doit rester des heures à regarder dans le vide pendant que ses parents discutent ou sont sur leur téléphone
  • Il passe ses journées sur une chaise à l’école sans avoir le droit de discuter avec les autres
  • Il doit aller dans sa chambre pour ne pas déranger
  • Il doit se rendre à la crèche, à la maternelle, au centre aéré, à une époque de sa vie où il craint l’extérieur et les autres.
  • Il est rejeté par les membres de sa propre famille (tu es vilain, tu es puni…)

Se sociabiliser à outrance est une stratégie moderne de renforcement des défenses, car cela permet au corps de croire en surface qu’il est très entouré, intégré au groupe. Ironiquement, les personnes qui font cela ne développent aucun lien profond avec les autres, et ne veulent surtout pas ressentir que sans leurs multiples relations, elles se retrouvent seules au monde.
Je parlerai de la nourriture un peu plus bas dans l’article.

 

Donc s’isoler

S’isoler permet de se confronter à tous ces sentiments « mortels », qui en réalité ne le sont pas. Le cerveau d’adulte va ressentir beaucoup de peur à affronter toutes ces remontées émotionnelles, mais ce n’est pas mortel. Le pire qu’il puisse vous arriver est de hurler, de taper et de pleurer très fort.

L’isolement permet cela, car dégager de sa vie pendant 2, voire 3 semaines, toutes les stratégies d’évitement que vous aviez l’habitude de mettre en place inconsciemment, c’est confronter le corps à une réalité émotionnelle jamais vécue jusqu’ici.

Vous craignez de vous isoler ? Peut-être n’êtes-vous pas totalement prêts. Essayez 1 jour ou 2 pour commencer.

 

À qui est destiné l’isolement ?

  • À tous ceux qui en ressentent l’envie et le besoin
  • À tous ceux qui passent beaucoup de temps à « faire des choses »
  • Aux personnes qui sont constamment entourées
  • Aux parents
  • À ceux que la solitude terrifie, et qui veulent enfin se débarrasser de ce problème
  • Aux personnes qui ont des compulsions d’achats

 

À qui n’est pas destiné l’isolement ?

  • Ceux qui sont déjà très isolés socialement : pas d’amis, pas de travail, pas de conjoint. Pour ces personnes, il faut au contraire parler à quelqu’un, ou travailler avec des livres, participer à des activités, afin de se reconnecter avec une réalité sociale.
  • Ceux qui ont des hallucinations, visions, délires. Il n’est pas confortable de faire un isolement quand on se sent « fou », et qu’on a pas confiance en ces remontées visuelles et émotionnelles trop difficiles à gérer pour le cerveau cognitif. Il faut aussi faire appel à un thérapeute qui a confiance en vous et ne vous traite pas comme un malade, mais comme un souffrant. Regardez les vidéos de Daniel Mackler sur les guérisons de schizophrénie sans médication.
  • Aux personnes qui qui tentent régulièrement de mettre fin à leurs jours.
  • Ceux qui n’en ont aucune envie, ne se sentent pas prêts, ou n’ont aucun endroit confortable où s’isoler.

 

Comment pratiquer un bon isolement

S’isoler, ce n’est pas, comme la société voudrait vous le faire croire, une chose démoniaque. « Il n’est jamais bon d’être seul » dit le bon sens commun.

Mais il ne s’agit pas ici de s’isoler pour toujours, de couper les ponts avec tout le monde pour des années, mais de s’isoler entre 2 et 3 semaines, sans rien pour vous distraire.

Que devez-vous éliminer de la pièce d’isolement ?

  • Tous les livres, sauf des livres de thérapie allant de le sens de se reconnecter aux émotions. Si vous n’avez pas entièrement confiance dans les livres que vous lisez, ne prenez aucun livre. Tous les magazines, les prospectus, les cours de fac…
  • Tous les appareils médias : télé, ordinateur, tablette, portable, téléphone, chaîne-hifi, Mp3…Vous devez vous concentrer sur vos pensées, non celles des autres, et vous devez écouter la musique de votre coeur, non celle des musiciens, même si elle vient du coeur de Mozart.
  • Toutes les nourritures compulsives : chocolat, gâteaux, fromages…Le mieux est de manger alcalin, comme vous le verrez ci-dessous.
  • Tous les instruments de musique (de nombreux musiciens fuient dans l’interprétation de morceaux plutôt que dans la création).

Que devez-vous garder de la pièce d’isolement ?

  • Des stylos, feutres, peintures, feuilles, et tous supports pour vous exprimer par l’écrit et le dessin.
  • Des livres de thérapie en lesquels vous avez toute confiance
  • Des photos de votre passé
  • Des lettres de votre passé
  • De la nourriture alcaline. Vous pouvez manger pendant votre isolement :

– Fruits
– Légumes
– Pomme de terre, Quinoa
– Herbes, aromates

Et c’est tout ! Votre corps a besoin de réserver son énergie à ressentir pleinement les émotions, non à digérer des aliments lourds et acides. Et à moins que vous ne suiviez déjà une diète alcaline stricte, votre organisme est trop acidifiés par les nourritures modernes transformées.  Et manger strictement alcalin pendant 2 ou 3 semaines ne va pas trop vous alcaliniser. Les 3 premiers jours vous aurez une fausse sensation de faim (acidité dans l’estomac) et enfin, vous récupérerez la véritable sensation de faim, située plutôt au niveau de la nuque et oesophage. (Alerte normale de votre hypothalamus).

Cliquez ici pour voir la liste des ingrédients alcalins. Tout le monde ne s’entend pas et il y a des divergences par rapport à certains aliments, mais dans l’ensemble, si vous optez surtout pour des légumes et des fruits, votre organisme ne pourra que vous en remercier.

 

Que faire de vos journées ?

 

Mis à part quelques rituels essentiels à votre santé et à votre expression personnelle, absolument tout ce que vous voulez.

Les rituels sains à mettre en place :

  • Écrire le matin au réveil pendant au moins 1h. Poser un carnet et un stylo à côté de votre lit et écrivez dès le réveil pendant au moins 1h, si ce n’est plus. Il est évidemment possible d’écrire tout au long de la journée, mais écrire au réveil permet au corps d’exprimer des émotions très fraîches. Pourquoi ? Si vous avez bien lu le descriptif du système de défenses, sachez que celui-ci fonctionne grâce au système nerveux sympathique, et ce système, la nuit, laisse place au système nerveux parasympathique, bref, il dort. Au réveil, il n’est pas bien réveillé lui non plus, et met du temps à se mettre en route parfaitement. C’est pourquoi, au réveil, vous sentez vos émotions plus fortement.
  • Bouger pendant 1h. Bougez votre corps habitué à l’inertie de la vie d’aujourd’hui. L’immobilité permet aussi de ne pas sentir son corps trop fort, et donc ses émotions. Bouger dans tous les sens, en douceur, tous les membres de son corps, et surtout le centre, la taille, les hanches, permet de réveiller de vieilles émotions.
  • Prendre un bain de soleil, 20 mn par jour au moins. Sans sa dose de vitamine D, le corps ne fonctionne pas parfaitement, notamment pour la sécrétion de la mélatonine, hormone régulatrice du sommeil. Mettez-vous sur le balcon, ou à la fenêtre.

À part ça, vous n’aurez pas beaucoup de choix : vous serez obligés de vous confronter à vos sentiments, votre passé.

 

Quelques conseils

  • Si possible, demandez à quelqu’un de vous enfermer et de garder la clé. Sinon, enfermez-vous, et mettez la clé au fond d’un carton, que vous scotchez et mettez dans un placard, bref, pénible à récupérer.
  • Si personne ne sait que vous vous isolez, voisins, etc. Gardez votre téléphone portable, sans la carte sim (et sans jeux vidéos) vous pourrez au moins appeler les services d’urgence en cas de graves problèmes.
  • Faites vos courses 1 fois par semaine, et autorisez-vous une grande ballade entre 2 semaines, mais il ne s’agit pas d’aller discuter avec d’autres personnes (c’est une retraite, il faut donc non seulement se concentrer sur soi, mais éviter d’avoir à expliquer, se justifier de ce que l’on fait pendant au moins 2 semaines).
  • À toutes les réflexions que vous vous faites: « Mais moi je suis obligé de…comment je fais ? » Je réponds : « Il faut s’organiser pour le faire correctement, sinon attendre le bon moment ».

Bon courage, dans la 3ème et dernière partie, je parlerai de la vie quotidienne en auto-thérapie.

 

 

4 Comments

  1. Sophie

    C’est quand même dingue, quand on y pense, que les gens soient plus prêts à sauter en parachute, qu’à rester seul 2 semaines. 🙂

    En tous cas, il faut le faire uniquement quand on en a vraiment envie, bon courage !

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