Analyse de vie quotidienne : Retour à soi, Musique, Lumière

Retour à Soi

D’avoir passé près de 10 jours à Toulouse, permise par mon ami de respecter mon rythme et de me reposer autant que j’en avais besoin, respectée dans mon émotion, dans une brève crise de tristesse que j’ai eue, pouvoir rester au lit et ne rien faire qu’écrire, lire, sa présence calme et respectueuse, puis une balade au bord du canal, quelques restos, des discussions, un peu de travail. Ensuite, une belle soirée chez mon ami de Limoges et sa colocation de personnes chaleureuses et respectueuses, et je suis rentrée chez moi avec l’envie de me retrouver vraiment.

Je m’étais beaucoup éloignée de moi-même depuis la fin de mon travail de thérapeute. Oh, je n’étais jamais partie bien loin, mes émotions, mon Soi, me rappellent toujours le chemin à prendre, mais j’ai marché à côté, l’ai quitté pour suivre le chemin d’un autre, qui m’a blessé les pieds et appris encore plus sur mon rapport à la vie, à l’autre et à moi-même.

Alors, je me suis écoutée, vraiment, du matin au soir, j’ai repris cette route du Soi, mon rythme, ma pensée, ma créativité.

Il m’aura fallu 8 années à ne plus me lever le matin, à travailler à mon compte pour choisir mes horaires, pour que je redécouvre l’envie de me lever tôt, avec le soleil. 8 ans, pour me remettre des hurlements de ma mère au matin, de l’effroyable traumatisme des réveils brutaux à 6h, petit déjeuner dans les cris de celle qui croit qu’en hurlant, cela va apaiser sa douleur de devoir elle aussi se lever quand elle n’en a aucune envie, stress de la douche, de l’habillement, de l’attente du bus dans la nuit et le froid de l’hiver, 45 minutes à être debout parmi les adolescents hurlants, dont on ne peut s’extraire qu’en s’assommant de musique, à fond, dans des écouteurs grésillants. Tentatives de dormir pendant les cours du matin derrière son livre, subterfuges de l’infirmerie, sentiment de nullité de ne rien comprendre des axes de lecture à 9h du matin, une prof de français aigrie qui nous jette nos copies sur la table comme on jette un vieux mouchoir sale.

J’ai haï le matin pour avoir été forcée de me lever avant d’avoir fini ma nuit pendant 18 ans, puis pour m’être forcée moi-même par devoir, par habitude, par ignorance, par impuissance.

Quand j’ai coupé les ponts avec ma famille et surtout ma mère, il y a 4 ans, j’ai béni chaque jour de ne plus l’avoir dans ma vie. Chaque jour j’ai pensé, en me levant tard « merci moi-même ». Un cadeau de son absence que je m’étais fait, et qui me permettait d’agir, enfin, sans penser à elle, son jugement, ses remarques, son ton péremptoire qui indiquait son irritation profonde à ce que je ne sois définitivement pas née pour la servir. Pendant 4 ans, ne pas me lever le matin dans la culpabilité, et pendant 4 ans, ne pas me lever le matin dans la joie.

Et le moment de passer une journée sans penser à elle, de trouver normal de ne plus l’avoir dans ma vie, comme l’infirme qui a retrouvé ses jambes cesse de penser à elles un jour. Ma vie sans les cris est devenue normale. Chaque matin dans le calme n’est plus une exception.

Alors, mon vrai Soi m’a demandé de voir le soleil se lever. Je l’ai toujours souhaité au fond, je ne dormais jamais les volets fermés, souhaitant rester en communication avec la nature et la lumière réelle.

À présent, je me lève à 7h (sauf hier où j’ai eu un gros rhume, et je me suis levée à 9h), j’écris pendant 1h, je fais mon yoga du Soi (on bouge comme on veut) pendant 30 minutes, puis je me lave, je prends mon petit-déjeuner, et je rédige une formation que je crée pour mon blog pro, Ensuite, je mange, puis je passe l’après-midi à faire de la musique, à me promener. Le soir je me couche vers 22h, je lis, je réfléchis. C’est mon rythme du Soi.

 

Musique

Mon coeur s’est de nouveau ouvert à la musique. J’ai retrouvé ma raison d’en faire, mon goût pour l’apprentissage et le travail, mon amusement et ma joie dans la création.

Tout à l’intérieur de moi m’indique le chemin à prendre. J’entends les mélodies de mon âme, je les reproduis, au piano, je compose sur FL studio, j’apprends les techniques, j’écoute la théorie sur l’harmonie. J’essaie d’écouter à la fois mon âme de poète et comprends les notes et les fréquences qui reflètent mes émotions, et d’appliquer la théorie pour servir ce chemin du Soi.

J’avais très peur d’avoir tout perdu au piano, parce que je n’en faisais pas. Je suis si sensible à la moindre contrariété, cela peut m’enlever tout le goût de faire. J’ai totalement évacué l’envie de prendre des cours, la tentation est grande, on se dit qu’on apprendra mieux, et puis au final, on se fait manger par le rythme de l’autre. Il n’y a que dans les cours de peinture et de dessin que j’ai vu le respect du rythme. Chacun travaille pour soi, dessine seul avec les autres, c’est très autonome. Mais la musique, ça touche l’égo et la névrose et les professeurs ont souvent appris à faire dans la violence, le non-respect du rythme d’apprentissage, et ont écrasé toute la colère sous la satisfaction que leur procure le sentiment de maîtrise. Ne surtout pas s’aviser d’être libre, indépendant et autonome avec un professeur de musique, ou de théâtre, ils m’ont tous fait trop souffrir. Maintenant, je lis les livres, et quand je trouve qu’un exercice ne me correspond pas, je ne le fais pas. Je refais 50 fois le même exercice si ça me chante, les vidéos, je les regarde quand j’ai besoin. Je ne m’astreint pas à faire 1h de cours. Je fais selon mes envies. Et devinez quoi. J’avance au lieu d’y aller à reculons. J’ai décidé de ne plus jamais demander l’avis et le jugement de qui que ce soit pour faire ce que j’ai à faire.

C’est aussi la re-découverte de l’école dynamique, et de lire leur blog, qui m’a beaucoup ré-appris à m’écouter. Oui, c’est dans l’ennui qu’on trouve la créativité. Je vais passer quelques jours chez eux dans leur village d’Ariège, cet été sûrement.

Petit PS : j’ai enfin retrouvé le terme que je recherchais depuis au moins 10 ans. Quand par exemple vous chantez « Au claire de la lune, mon ami pier… » La note sur le « rot » est la note attendue. Maintenant, imaginez que vous chantiez une note au-dessus ou en dessous, cela s’appelle une appogiature, et si vous rattrapez le coup derrière en faisant un « o » de plus avec la bonne note, (mon ami-pierro-o) s’appelle la RÉSOLUTION DE L’APPOGIATURE. Je le met en gros parce que je suis vraiment trop contente d’avoir trouvé ce terme. Et que moi j’aime beaucoup les morceaux dont les phrases ne se terminent pas par cette résolution, et enchaîne directement sur la suite, ou mettent beaucoup de temps à la faire, je trouve que c’est plus amusant pour l’oreille. 🙂

J’adore les cours de Jean-François Zygel :

 

 

Lumière

En ce moment, là où je vis, les couleurs sont extraordinaires. J’habite au milieu des colline et le soleil éclatant vient tout dorer, les herbes, les arbres dénudés qui répandent leurs branchages, comme s’ils s’étaient suspendus la tête à l’envers, leurs cheveux se promenant dans le ciel. Même quand il y a des nuages, les ombres, le brouillard, forment des reliefs que je ne me lasse pas d’observer.

Et j’ai eu envie soudain de tout filmer. Les détails, les déplacements dans l’espace, les variations, les mouvements. J’ai acheté tout le matériel pour me lancer dans la création de films poétiques. Texte, images et musique.

J’ai déjà reçu mon objectif, 35 millimètres, qui permet de faire un assez grand angle tout en filmant le détail. J’attends avec impatience mon appareil un Nikon D3200 et une steadicam portative, pour marcher et courir dans la forêt sans secousses de l’image.

J’ai tellement hâte de capturer la lumière que je vois. Je découvre les variations des couleurs depuis que je me réveille avec l’aurore et j’ai la sensation qu’elles m’appartiennent un peu.

J’ai l’impression que notre rapport à la lumière reflète notre rapport au Soi. Quand j’étais plus jeune, adolescente ou jeune adulte, lorsque j’avais des crises de dépressions, je ne supportais plus aucun rayon de Soleil. À présent, je laisse rentrer en moi chaque petite goutte de couleur, comme je laisse rentrer les émotions. Quand je marche sur la colline, ou que je me pose sur le plus haut rocher de la tour de l’horloge, et j’ai l’impression que tout est ouvert en moi, les sentiments, les pensées, les ondes, les fréquences. Je vois ma petite ville biscornue qui élance ses toits pointus sur les reliefs accidentés, sa rivière qui apparaît par touche, entre les murs des anciennes maisons de tapissier, tout est baignés de soleil et j’accueille la sensation de vertige.

En relisant cet article que je viens d’écrire, je me dis qu’on pourrait croire que je suis tout le temps heureuse, joyeuse. Si c’est effectivement la joie qui domine dernièrement, j’ai quand même envie de préciser que j’accueille absolument toutes mes émotions, et je pleure régulièrement, ou je me mets en colère aussi. Rien n’est retenu. Et hier, j’ai retenu un peu : résultat un gros rhume. Mon corps devient vraiment intolérant !

 

 

2 Comments

    • Sophie

      Salut Oliv,

      Je ne doute pas que tu seras mon premier spectateur ! 🙂 En fait, je suis en train de la composer la musique, mais je pense que je n’hésiterai pas à te demander de l’aide si jamais je galère à trouver de bonnes vst 🙂 D’ailleurs, t’aurais pas Addictive Keys ? Bisou

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