Analyse de vie : Père, Solitude 2, Apprentissage

Comme d’hab, je raconte ma vie en 3 chapitres. Histoire de faire écho. À toi, à moi, à l’univers.

Père

Lorsque je suis tombée sur cette BD, je me suis mise soudain à beaucoup pleurer.

https://brightside.me/article/what-you-should-think-about-before-you-judge-others-10155/

En gros, ce sont 2 histoires parallèles, l’une, celle d’un petit garçon issu d’un milieu aisé, encouragé et poussé dans ses études, l’autre, celle d’une petite fille, issue d’un milieu pauvre, dont les parents travaillent trop pour pouvoir s’occuper d’elle. L’un finit avec une position élevée, tandis que l’autre finit serveuse, à lui servir des petits fours.

J’ai regardé cet homme, et je me suis dit : « Tiens, on dirait mon père. » Mais à droite, le choc, je n’ai pu me dire que « Tiens, on dirait moi. »

J’ai fait 10 ans de restauration. Serveuse, cuisine, etc. Je galérais. Et dès que je demandais un peu d’aide à mon père, soit il m’octroyait 1/10ème de ce que je lui avais demandé (faudrait pas que je me repose sur mes lauriers), soit il me la refusait (J’en ai marre d’être un portefeuille). Étant donné que je n’ai pas grandi avec lui, et que pendant plusieurs années, il versait une pension ridicule à ma mère (les 3 premières années, je crois qu’il ne lui en versait même pas), qu’à partir de mes 19 ans, je n’ai plus vu la couleur d’une aide (à part en mendiant, 3 fois en tout dans ma vie, pour ne pas affronter trop le sentiment d’humiliation). La dernière fois que je lui ai parlé, je lui demandais d’être mon garant pour un logement (même pas de verser 1 centime), et il m’a dit que j’étais une paumée, que je ne faisais rien de ma vie, et qu’il en avait marre, avec mon frère qui cultive de l’herbe, et qu’il était qu’un portefeuille, etc. Comme je revenais de 3 mois de saison (10h de travail par jour 7/7j), qui me servait à payer mon année de fac, je me suis vraiment sentie incomprise et rejetée.

Pendant des années, j’ai traîné une souffrance, celle d’un père qui n’avait pas vraiment voulu de moi, qui n’a jamais vraiment accroché à son rôle de père, qui m’a abandonnée pour partir à l’étranger dès mes 6 ans. Avec mon père, je trouve que la phrase de Bernard Lempert « Il y a des enfants à qui on donne la vie, et d’autres à qui on la compte » correspond parfaitement.

Mais ce que j’avais occulté quelque part, c’est toute la dimension de honte. La honte d’être issue d’un milieu aisé (uniquement du côté de mon père), avec toute la mentalité que cela comporte, la haute bourgeoisie catholique de province c’est quelque chose, tout en étant considérée par eux comme une espèce de chose vulgaire (le milieu prolétaire, du côté de ma mère). J’étais donc obligée de suivre des codes, chez ma grand-mère (divorcée), mon grand-père, mon père, mon oncle, les 9 frères et soeurs de ma grand-mère, mon arrière-grand-père. Même si mon père brillait par son absence, toute sa famille veillait à ne pas porter en leur sein cette brebis trop galeuse, et à faire mon éducation. J’avais de très bonnes manières, la famille de ma mère étant issue d’une lointaine lignée de noblesse, les femmes de ma famille en ont conservé une certaine liberté de pensée, elles lisent, se cultivent, aiment apprendre, et on un sens inné du féminisme. Dans la famille du côté de ma mère, on lit. Du côté de mon père, on possède de beaux livres.

Mais j’ai toujours été traitée comme une pauvresse sans éducation, incapable de se tenir ou de prendre soin de ses affaires, et cela justifiait que l’on m’offrit peu de choses.

J’ai refusé l’école très tôt, et j’ai cherché à me former moi-même à la vie. Je voulais expérimenter pour apprendre, faire les choses comme bon me semblait.

Du coup, pour mon père, j’étais une paumée.

Lui il était l’homme qui a réussit, et moi la serveuse. J’ai eu ce sentiment, ce regard collé à la peau pendant des années. Je fais tout pour m’en débarrasser.

 

Solitude 2

 

J’ai mis du temps à écrire la suite de mes « analyses de vie », parce que je savais qu’il y allait encore avoir un chapitre sur la solitude. Je me disais « tu écriras quand tu seras sortie de ça ».

J’ai un gros dilemme avec ça. D’un côté, j’ai une foule de gens (innombrables), qui réagit négativement à cela.

« Mais pourquoi ? »

« La pauvre »

« La honte »

« T’es bizarre »

« Mais t’en as pas marre ? »

« Nous on est pas comme toi, on est pas seuls »

« Oh mon dieu jamais je ne pourrais habiter dans la Creuse seule, je me suiciderais »

« T’aimes pas les gens ? »

« Tu vas finir toute seule avec des chats »

« C’est pas bon d’être seule »

« Tu n’apprends rien dans la solitude »

« Il a été prouvé par la science que la solitude tuait 2000 personnes par an en France »

etc

etc

 

Le problème, c’est que lorsque tu as « la petite voix » qui dit des choses chiantes et méchantes à tes oreilles, tu as encore la possibilité de la poser à plat, de la regarder, et de te demander qui parle, et à qui elle appartient.

Mais quand ces voix sont cent, mille, que tu les as entendu toute ta vie, que ces avis sont partagés par l’entièreté de la planète, ben t’as du mal.

Mais bref, moi je me sens bien toute seule. Aucune envie d’aller chercher des gens. J’en suis un stade de ma vie où je revis mon stade bébé, pas encore arrivé à la socialisation (je dis encore ça pour me justifier). J’ai peur des nouvelles têtes (sur Facebook ça va encore), les vieilles têtes ne se manifestent pas, et j’ai pas de vraie raison d’aller les chercher. L’idéal, ça serait une famille de gens qui vivent là, à disposition, à laquelle je n’ai pas besoin de répondre à la question « alors quoi de neuf », parce qu’y a rien de neuf qui soit vraiment neuf « pour les gens ». Si, y a du neuf, j’ai compris des trucs, j’ai pensé à de nouveaux machins, mais j’ai pas de grandes choses nouvelles qui arrivent, voilà.

Voilà ma chanson : (Faut la mettre en 432 hertz sinon tu n’es pas en harmonie avec la nature)

Jamais je ne me sens vraiment mal d’être seule. Mais j’ai le tic de croire que « ce n’est pas bon pour moi ». Dès que j’ai une remontée émotionnelle qui arrive, je me dis « ah ça doit être la solitude », bah je pleure le truc, je le vide et non, c’était pas la solitude, c’était un vieux machin, mon père, ma mère tout ça.

Y a des personnes qui m’écrivent sur Facebook pour qu’on se voit. Pourquoi pas. Je cours pas après. Je verrai. Un jour. Je suis ouverte, mais pas active disons.

Je communique pas mal sur Facebook. Ça me donne un sentiment très positif, au final, de ne pas être « seule » même si seule physiquement. Je ne suis pas seule à penser comme ça et ça m’aide à me sentir légitime. J’aime partager, et surtout me confronter à la critique et au jugement de l’autre (je sais pas ce que j’ai avec ça dernièrement, mais plus je prends de risques à dire ce que je pense, plus j’attends les jugements avec impatience, comme si j’avais découvert une nouvelles capacité à m’imposer en tant que personne, pourtant je n’ai pas le souvenir d’avoir débloqué ça d’un coup, c’est venu comme ça. Ou alors peut-être que c’est le fait de vivre en recluse, j’oublie la dangerosité du monde.)

 

Apprentissage

 

J’apprends pas mal sur l’apprentissage même. Je découvre mon fonctionnement, comprends mes manques, mes besoins.

Par exemple, je comprends que je me fatigue beaucoup plus en écoutant un cours, qu’en m’amusant tranquillement. Que je progresse beaucoup plus vite en m’amusant, mais qu’un cours me permet d’intégrer ce que je sais déjà à une autre vision. Les cours en ligne c’est vraiment idéal, t’as pas l’égo blessé du prof qui vient t’emmerder, tu le remets en arrière 3 fois, il bronche pas, tu sautes des parties de ce qu’il dit, il se vexe pas. Ils sont gentils les profs en vidéo.

Du coup, je fais 1/4 cours, 3/4 pas cours. Et je prends pas de cours de tous les instruments tous les jours. Hier j’ai suivi un cours de guitare et aujourd’hui de trompette. Je n’ai pas envie de prendre de cours de piano pour le moment, parce que j’apprends des morceaux et ça va (en ce moment, Gnossiennes 1, Eric Satie).

Quand je prends des cours par exemple, je n’ai aucune envie de composer ou d’improviser moi-même après. J’ai envie d’arrêter, de me reposer. Alors que lorsque j’apprends toute seule un morceau, j’ai plein d’énergie pour continuer à jouer n’importe quoi, n’importe comment après. J’ai des idées, je compose des petits trucs, j’écris des petites chansons.

Mais alors pourquoi prendre des cours ? Parce que ça me permet de me confronter à des bases que je n’ai pas. Au piano, finalement, j’ai pris des cours par le passé, j’ai débuté avec un prof. Donc je « comprends » ce que je fais. Alors qu’à la trompette, c’est en mode manouche, je fais tout à l’oreille, et je note mes doigtés à ma sauce.

J’ai envie de m’entraîner en lisant des partitions, j’ai envie de m’entraîner à faire « So what » en soufflant comme le morceau l’exige. Ça me fait avancer. Mais m’en faut pas trop.

Sinon, j’apprends énormément en lisant les posts des membres de l’EUDEC, les écoles démocratiques. Ce sont des personnes qui réfléchissent d’une manière que j’apprécie beaucoup. Elles ont une grande humilité et une conscience du respect de la liberté de l’autre dans leur manière d’aborder le monde. Je me suis demandé si je ne pourrais pas bosser un jour dans ce genre d’écoles. J’aimerais bien aller vivre au village dynamique un jour aussi, mais faudra voir comment ça se passe pendant le week-end. (J’ai participé à leur crowdfunding et pris la participation 1 week-end là-bas).

Ce qui m’a le plus marqué dans ces 2 écoles, c’est le principe d’apprendre en partant de SOI. Non, en partant de ce qui va plaire aux autres. Il faut se confronter à l’ennui pour libérer sa créativité. Il y a un article sur le blog de l’école dynamique de Paris, qui raconte que certains enfants sont déstabilisés à leurs débuts dans l’école. Il n’y a pas d’encouragements, de félicitations, les autres enfants sont aussi intelligents qu’eux, leur narcissisme en prend un coup. Et justement, comme j’ai beaucoup travaillé sur le narcissisme ces dernières années, j’ai ressenti le grand bienfait d’un tel système. S’il n’y a personne à séduire, et que tout le monde fait ses trucs sans rien attendre de toi précisément, ton narcissisme se démantèle. Toute la construction grandiose de ton moi idéal se désagrège pour être remplacé par un Soi peut-être vide, peut-être fragile, mais vrai. Cela me semble un excellent moyen de contribuer au problème du tandem dépression/grandiosité. Certes, les parents, à la maison, ont par leur éducation créé cela chez l’enfant, et les éducateurs de l’école traditionnelle aussi. Mais si l’enfant peut passer 5h par jour à être lui-même, libre dans son apprentissage, respecté dans son autonomie, alors cela ne peut lui faire que du bien.

Je pense par ailleurs que c’est une excellente chose pour les adultes aussi. Je pense que les hôpitaux psychiatriques devraient être remplacés par des « lieux de vie démocratiques ». Une alternative aux « Open dialogue » du Danemark.

La 2ème chose qui m’a marquée, c’est une discussion sur le système des sanctions. L’école démocratique fonctionne comme un petit état (une vraie démocratie parallèle dans notre société française !), mis à part le fait qu’il n’y a pas de chef. Tout le monde a 1 voix, adulte comme enfant, et peut prendre des décisions quant au fonctionnement du lieu. Il y a aussi un comité de justice. À chaque fois qu’une personne constate une faute (quelqu’un t’a insulté, ou n’a pas rangé un truc…), il dépose une plainte dans une boîte. Le comité de justice se réunit (1 fois par semaine ? Je sais plus). Il est composé d’un certain nombre de membres, et ce groupe tourne régulièrement. La personne accusée est appelée, et on lui lit la plainte. Ensuite, on discute avec elle, elle peut bien-entendu donner sa version, etc. Est décidé alors d’une sanction, qui a pour but, et là j’insiste de protéger la victime et le bien-être des membres. Si je reste dubitative sur la méthode avec un enfant de 3 à 6 ans (ça dépend des enfants en fait), je pense que cette méthode de justice est vraiment géniale. C’est une vraie justice, qui n’a pas pour but de punir ou d’humilier, mais de protéger. C’est à dire que si un membre ne rebouche pas les feutres, il lui sera défendu d’utiliser ces feutres pendant une journée. Ceci dans le but de protéger les feutres, et donc le bien-être des autres, qui veulent pouvoir utiliser des feutres qui marchent.

Au début, j’ai pensé que ce n’était pas positif. Qu’un enfant ne pouvait pas apprendre à reboucher un feutre en ne les utilisant pas, mais au contraire en les utilisant. Mais alors, j’ai compris quelque chose : le but de l’école démocratique est que les enfants puissent apprendre ce que bon leur semble, au rythme qui leur convient, afin que leur « continuum » soit respecté (pour ceux qui n’ont toujours pas lu Jean Liedloff, je vous le recommande chaudement), et cela n’est possible que dans un cadre sécurisé et sécurisant. Dans une famille, les parents sont responsables du développement psychologique et affectif de leur enfant. S’il ne rebouche pas les feutres chez lui, libre à ses parents d’inventer mille solutions créatives pour le lui apprendre, ou encore de chercher à comprendre ce qui l’amène à commettre cet acte, sa signification, etc.

Mais l’école démocratique permet de délimiter les rôles, et de donner la responsabilité à chacun d’assumer le rôle qui lui échoit. Pour un grand ado ou adulte, se soigner lui-même, pour un enfant d’être soigné par ses parents. L’école ne permet qu’un espace de liberté d’apprentissage, et c’est tout. Et c’est énorme.

Dans un autre registre, je suis en train de regarder la série « Life, l’aventure de la vie ». Cela raconte la nature, les animaux, les plantes, et leur fonctionnement. Notamment dans l’apprentissage. L’hostilité d’un milieu pousse les êtres vivants à évoluer, et à créer de nouvelles stratégies, guerres ou collaborations pour se reproduire et survivre.

Est-ce qu’un environnement tout à fait accueillant permettrait à l’ADN d’évoluer différemment ? Ou alors resterait-il à végéter sous forme d’amibe débile dans sa mare ?

Et quand je regarde ça, je n’arrête pas d’essayer de positionner l’homme dans un certain comportement.

Je vois des collaborations et des guerres acharnées entre les espèces d’un milieu. Je suis émerveillée par la complexité des méthodes employées pour accomplir leur reproduction. Et nous, je ne comprends pas ce qu’on fout là. Parce qu’on a l’air à la fois tout à fait normaux comparé aux règnes animal ou végétal, mis à part le fait que nous sommes encore plus évolués et complexes, on fait des guerres, on se débrouille de certaines manières pour se reproduire. Mais on est en proie au doute, et à la révolution, aux questionnements, et à la totale inefficacité de notre collaboration en tant que participant à un éco-système.

Je suis stupéfaite. Et me revient sans cesse cette même question (à laquelle je ne peux répondre que par la solution extra-terrestre) : Pourquoi, alors que animaux et les plantes s’équilibrent (par des guerres ou des collaborations, mais ces guerres n’ont rien à voir avec nos guerres, il s’agit plus d’empêchement de dépasser les limites), alors que nous détruisons tout ? Je veux dire, on aura beau crier « C’est la sédentarisation », ça ne changera rien au fait que si nous disparaissons tous, et que la nature reprend ses droits, d’un point de vue extérieure, on ne pourrait que se demander « Mais qu’est-ce qu’il ta pris la nature de créer ces humains ? Tout ça pour ça ? lls avaient à peine maîtrisé 10% de leurs capacités ! Ils avaient le cerveau pour se connaître eux-mêmes et connaître l’univers et ils se sont fait sauter le cabochon en plein moyen-âge mental ! Mais pourquoi ?  »

 

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