Analyse de vie : Deuil, Instruments, Disparition

Deuil

La dernière fois j’ai vraiment accédé à quelque chose de très triste. J’étais en train de me faire la réflexion que je n’arrivais plus du tout à sociabiliser comme avant. Jusqu’à il y a quelques mois, j’étais encore tout à fait capable et intéressée d’aller à la rencontre de nouvelles personnes. Plusieurs déclencheurs ont fait que je me suis enfermée. Et pendant ces quelques mois, j’avais vraiment l’impression d’être en gestation de quelque chose. Alors, j’ai mis à plat, à l’écrit, par le biais d’un mindmap, toutes mes pensées par rapport à la solitude. J’ai commencé par écrire tout un tas de truc en pensant « oui mais ça je le sais déjà, pff ça sert à rien ce que je fais », et puis, dans un petit coin, j’ai écrit justement cette idée ; j’ai perdu la facilité d’approche sociale. J’ai ressenti un vieux sentiment arriver, très fort. Celui de devoir faire le deuil d’un ancien moi. Et m’est revenu ce souvenir, que j’avais parfaitement conservé, et que j’aimais souvent me remémorer, mais que j’ai soudain perçu sous un tout nouvel angle.

Quand j’avais 16 ans, j’ai rencontré un prof de théâtre dans un stage. Il passait la moitié de sa vie en Inde et l’autre en France. Ça me faisait vraiment rêver. Je lui dis : « Tu as trop de la chance », ce à quoi il me répondit : « Tu n’as qu’à faire la même chose », alors je dis : « Ma mère voudrait jamais. » À ce moment là il me dit quelque chose qui a vraiment changé ma vie : « Tu fais ce que tu veux de ta vie, tu es née pour toi-même, pas pour tes parents. » Ça m’a fait un énorme électrochoc. Mais sur le coup, je n’ai pas pris de décision liée à ce changement. C’était comme un reformatage de mon cerveau qui s’opérait. Je me rappelle d’ailleurs avoir fait une sorte de mini crise thérapeutique, en refusant d’adresser la parole à ce mec le dernier jour du stage. Je pense qu’inconsciemment, je voulais qu’il me prenne en charge comme une nouvelle maman, et je reproduisais avec lui l’un de mes premiers traumatismes d’avant mes 2 ans (que j’ai vidé celui-là depuis), où j’avais refusé d’adresser la parole à ma mère pour lui montrer mon mécontentement d’être abandonnée chez une nourrice.

En rentrant de ce stage néanmoins, j’ai été prise d’une idée. Je voulais aller le rejoindre en Inde. Lui faire une surprise. Je voulais aller là-bas en traversant toute l’Europe et l’Asie, et faire un grand voyage. J’ai préparé mon plan. J’ai commencé par économiser tout l’argent de mes repas du midi. Mes copines me donnaient chacune un petit bout de leur sandwich, et comme on était une bande de 7 filles, ça suffisait largement. J’ai conservé pas mal de contacts de mon école de Prague où j’habitais de mes 11 à 13 ans, des contacts de mes stages de théâtre en Allemagne et j’avais une fille de ma classe originaire de Pologne. J’ai demandé à chacun de m’héberger. Au bout de 3 mois, je suis allée à la SNCF et j’ai acheté tous mes billets. On a ouvert les livres d’horaires des trains en Europe avec la dame du guichet, elle était aussi surexcitée que moi. J’avais des billets de train jusqu’à Moscou. Après, je prévoyais de prendre le transsibérien et je faisais entièrement confiance à la vie pour m’amener en Chine, puis en Inde, où j’allais me rendre à Delhi et trouver très facilement mon prof.

J’étais dans un état de grâce, légère et complètement absente. Je ne me révoltais plus du tout contre ma mère, elle gueulait comme d’hab le matin. Le soir, je me projetais dans mon futur voyage et je mangeais les yeux dans le vide.

Mes copines me disaient que j’étais folle, et me faisaient leurs adieux. Tu vas nous manquer quand même. J’étais heureuse, parfaitement, pour la première fois de ma vie.

Un soir, une semaine avant la date de départ, je rentre chez moi. Ma mère était assise dans la cuisine, face à la porte d’entrée. Sur la table, mes billets de train. J’étais mortifiée. Elle me dit avec un air déçu : « Tu allais partir sans me le dire. »

S’il y a quelque chose qui m’a fait du mal dans le comportement qu’a eu ma mère vis à vis de moi, c’est bien son agressivité, ses coups, ses insultes. Mais au moins, je savais que c’était de la maltraitance, et cela me donnait envie de me révolter ou de fuir. Mais cette attitude de déception profonde, cette tristesse résignée, je ne pouvais la gérer émotionnellement. Ce jour-là, elle a pris mon âme libérée, et elle l’a enfermée dans une cage.

Elle avait même appelé mon père, qui allait me rappeler d’un instant à l’autre. C’était la première fois qu’ils se parlaient depuis au moins 10 ans. Et mon père ne m’appelait jamais pour me parler. Il m’appelait pour me souhaiter mon anniversaire, le lendemain (Vieux motard que jamais ho ho), mais là, c’était la manipulation suprême. Mon père adoré, dont j’espérais qu’il s’occupe de moi, m’appelle ! Et ma mère lui parle à mon sujet ! Je suis enfin digne d’intérêt ! Pauvre de moi, quelle stratégie d’éducation cruelle. Mon père m’a dit que j’étais inconsciente, que Moscou était remplie de proxénètes qui n’allaient faire de moi qu’une bouchée. Que quand j’aurais 18 ans, il m’aiderait à payer un beau voyage, mais là non. Bien-sûr, il ne m’a jamais aidée à faire un quelconque voyage, mais j’ai donné toute ma confiance à ce père qui connaît si bien la vie et le monde, lui qui a voyagé partout et monté des entreprises. Il a achevé de fermer la cage, à clé.

Et depuis ce jour, j’ai fait semblant de n’être pas emprisonnée. À mes 30 ans, j’ai été de nouveau libérée, grâce à Alice Miller. Mais je n’avais jamais fait le deuil de ce Soi tué à mes 16 ans.

Dans mon cœur, depuis bientôt 20 ans, il y avait une adolescente folle, prête à traverser le monde pour aller rejoindre un mentor, qui était morte. Et mon coeur ne m’a jamais laissée en paix avec ça. Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi je n’arrivais plus à sociabiliser. C’est parce que la fille de 16 ans n’aime pas que je sorte de chez moi, depuis 20 ans, sans aucune considération pour elle.

Alors elle a fini par me coller à mon canapé et m’a défendu de sortir jusqu’à ce que je la vois. J’ai pu faire mes adieux à la fille folle et romantique qui s’est faite tuer à l’âge de 16 ans. Je chantais « Ce soir à la brume, nous irons ma brune, cueillir des serments, cette fleur sauvage, qui fait des ravages dans les cœurs d’enfants… »

 

Les copines des sandwichs

 

Instruments

 

J’apprends à jouer de 3 instruments qui correspondent chacun à une partie de moi.

La trompette : c’est l’instrument de mon Soi. Si je ne suis pas connectée à moi-même, je n’en joue pas, et je me sens coupable ! Exactement comme je me sens coupable de ne pas m’intéresser à ce que je ressens vraiment. Je la vois toute seule, triste, attendant que j’en joue. Elle est comme un petit bébé qui dit : « Mais maman, quand est-ce que tu viens jouer de moi ? » Elle me fait trop de peine si j’en joue pas. Et puis, quand j’en joue, il faut que je veille à bien le faire, à le faire en sentant exactement ce que je dois faire, je ne peux jamais mépriser ce que je fais. Par exemple, au piano, il m’arrive de m’entraîner une journée à faire les morceaux que je connais, pour pas les oublier. Je me fous un peu de ma sensibilité, et je fais surtout un travail de mémoire tactile, mais à la trompette, jamais ! Si je m’entraînais à avoir une mémoire tactile, sans me préoccuper du ressenti, c’est comme si elle me disait : « Tu es machinale ! Tu me regardes même pas dans les yeux ! Y a pas d’amour ! C’est trop triste ! » Je dois m’occuper d’elle comme une maman avec son bébé. C’est mon Soi de petite fille délaissée que je guéris en soufflant. En plus, les sons que je sors sont très émotionnels, je déteste le son de trompette classique en mode militaire. Il faut que ce soit un peu flûté, pas joué fort, vraiment doux. Quand je prends une leçon, que je regarde une vidéo, le mec souffle comme un militaire dedans, le son est métallique, je n’aime pas, et ma trompette et moi on est bien d’accord pour pas jouer comme ça. On se dit : « nous on va faire comme on aime ». Je l’adore. En plus, elle a un défaut : elle joue le ré sur 3 pistons au lieu de deux. Et des voix chiantes me disent : « Mais quand tu voudras changer de trompette tu devras tout réapprendre gnagnagna » Changer de trompette ? Ça va pas ? Elle est trop jolie, argentée tout ça. Je la nettoie, je la graisse, je prends bien soin d’elle. Si un jour, elle déconnait complet, je paierai 500 balles pour la faire réparer, rien à battre. Et ils ont pas intérêt à changer le ré. Voilà.

En ce moment j’apprends ce morceau :

 

Le piano : Le piano, c’est mon instrument revanche sur la vie. C’est l’instrument que je voulais apprendre quand j’étais petite, parce que mon père me disait que j’avais des doigts de pianiste. Mais il m’a pas payé de cours, bah non. Ensuite, quand j’ai eu 10 ans, j’ai tanné ma mère, je voulais vraiment faire du piano. Alors elle m’a payé des cours de solfège, comme ça, si j’arrivais à tenir une année de solfège, alors on penserait au piano. J’ai haï le solfège plus que tout. Passer des heures les fesses sur une chaise à gratter des clés de sols et à taper « croche-noire » du doigt sur la table et à chanter « do ré mi la fourmi » m’a achevée. J’ai abandonné en étant persuadée de n’être pas faite pour la musique. Ma mère était bien satisfaite (au fond, elle espérait ça, un piano coûte cher, fait du bruit, et l’aurait confrontée émotionnellement au fait qu’elle n’a jamais eu le genre de vie « bourgeoise » où les gens apprennent le piano. D’ailleurs, plus tard, quand je me suis achetée mon synthé, je l’emmenais avec moi chez elle, et elle détestait ça. Pourtant je mettais un casque. Elle n’aimait pas que je sois une inconnue, quelqu’un qui fait du piano comme une bourgeoise.)

Du coup, le piano, c’est mon droit à exister, à m’affirmer, à prendre les décisions qui me correspondent. C’est ma dignité. Quand je sais jouer un nouveau morceau, je ressens que j’ai grandi, que je suis devenue adulte, que j’ai coupé les ponts avec ma famille, que je suis libre, que j’ai le droit de dire non.

J’ai fini d’apprendre ce morceau :

 

La guitare : La guitare, c’est mon instrument amusement. Après quelques mois de douleurs à me tordre les doigts et le désespoir régulier de ne pas parvenir à enchaîner do et sol, j’arrive enfin à faire plus d’une vingtaine d’accords sans trop souffrir. Le bout de mes doigts est devenu plus dur, et j’ai enfin pu passer depuis 1 mois et quelques à la phase je m’amuse à jouer des morceaux qui me plaisent, du moment qu’il y a pas d’accords trop chiants. J’aime pas les barrés (je déteste), du coup je fais des notes alternatives aux barrés, et je m’en fous un peu. Je compose plein de trucs (c’est tout facile de composer avec une guitare !), j’ai écrit 10 chansons. Bon maintenant faut que je me mette plus sérieusement aux arpèges, pour l’instant c’est du à peu près. J’ai envie de chanter des jolies choses juste pour agrémenter un moment, comme on se verse un verre de vin, qu’on allume une bougie, on joue un peu de guitare. C’est l’instrument espoir, celui qui me permet de chanter plus librement, d’exprimer des pensées en musique. C’est l’instrument beauté aussi. Je trouve que c’est très beau une guitare. Et la mienne c’est une Bird, noire. Et le premier morceau que je me suis entraînée à faire dessus, est évidemment black bird. :p

 

Je joue et chante ça (à ma sauce) :

 

En tout cas, je ne peux plus me passer de jouer des 3 instruments une seule journée (sauf la trompette quand je suis en défenses émotionnelles, et elle pleure snif), je dois bien passer 4 à 5h en tout à faire ça. Et je suis vraiment contente, car j’étais venue dans la campagne pour ça. Je me rends compte que je n’ai pas envie de m’investir dans la vie sociale et politique de cette ville. Musique, balades dans la nature, travail sur mon blog et voilà.

 

 

 

Formation blogging

Et puis, je bosse comme une folle…8, 10h par jour parfois depuis 2 semaines là, sur une formation que je mets en place pour mon blog pro. C’est passionnant, et c’est difficile aussi. J’ai vraiment hâte de terminer et de pouvoir enfin gagner de l’argent avec, me détendre un peu plus, sortir, partir en voyage. Je replonge pas mal dans mes souvenirs en écrivant certaines choses.

Par exemple, j’écris sur le référencement, et je me suis rendue compte de quelque chose. J’étais en train de chercher des images pour expliquer le fonctionnement de l’alogorithme de Google, et j’ai écrit ceci :

« Si Google était une personne, ce serait le dictateur d’un pays qui fonctionne très bien tant qu’on obéit aveuglément aux lois. »

Et j’ai réalisé pourquoi, au fond, j’avais abandonné le job de référenceuse il y a plusieurs années, et surtout pourquoi j’avais arrêté de fréquenter les personnes de ce milieu. Bon, pendant longtemps, je savais que c’était un milieu émotionnellement très fermé, et bourré de névrosés, mais je n’avais pas réfléchi en profondeur à la façon dont ce milieu fonctionnait.

J’ai repensé au film « Ridicule », quand tous ces gens se donnent un mal de chien, à paraître géniaux, plein d’esprit, populaire, pour obtenir une place privilégiée ou une audience privée avec le roi.

Et j’ai compris que c’était ça le référencement : se donner un mal de chien pour « paraître » et se faire bien voir d’un roi moteur de recherche. Et mine de rien, ce job déteint sur les gens. Travailler en fonction d’un algorithme, c’est dépendre d’un être supérieur qui a des caractéristiques presque humaine. La façon dont il fonctionne, c’est flippant : je me rappelle qu’au début de mon activité, j’en faisais des rêves la nuit, qui m’expliquaient le fonctionnement de la matrice et participaient à me plonger dans un certain état d’esprit.

C’était presque une secte ce milieu. Et puis, là, en écrivant mon cours, je me suis rendue compte que j’avais changé, totalement, que j’avais arrêté de suivre ces directives : je me dégoûtais à écrire mon début de cours, je me disais « non, ça il faut que tu en parles quand même, c’est important » et puis au final, j’ai fini par écrire que tout ça ne servait à rien si on n’écrivait pas des choses vraiment utiles à ses lecteurs.

Pff je me rends compte que personne ne peut vraiment comprendre de quoi je parle à part un référenceur. C’est terrible d’avoir fait partie d’une secte et d’essayer d’expliquer en quoi tu n’en fais plus partie, parce qu’il n’y a que les membres de la secte qui pourraient réellement saisir de quoi je parle.

Bref, j’espère gagner assez d’argent pour me consacrer à faire de la musique presque tout le temps. 🙂

 

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