Ai-je été violée ? Le droit à la reconnaissance des victimes.

La société a tendance à banaliser le viol, que ce soit par les films ou les jeux vidéos qui érotisent les agressions, en passant par les croyances toujours bien ancrées qu’une personne peut être « provocante », la littérature féminine qui met en avant la soumission obligatoire à certains actes considérés comme devoirs conjugaux…Nous sommes encore loin de la conscience de la réalité du viol et de l’empathie pour les victimes.

Dans ces conditions, il n’est pas toujours évident de savoir si on « a le droit » de se sentir violé. L’être humain attend naturellement une reconnaissance sociale de ses actes, et si la propagande en place ne lui permet pas de ressentir clairement ce qu’il a subi, alors se développe, de manière insidieuse, un sentiment d’isolement et une croyance de notre incapacité à répondre à des normes.

Et les deux phénomènes les plus importants en matière de déni par rapport au viol sont :

  1. Le fait qu’aujourd’hui, peu de viols soient poursuivis. Seulement 3% des viols sont jugés aux assises.
  2. La majorité des viols sont commis par des proches.

Quand on se retrouve victime d’un viol, on est confronté à ces deux grandes murailles, puisque d’une part, la société envoie le message qu’il y a peu de viols, les médias ne traitant que très rarement d’une condamnation, même si celle-ci a eu lieu aux assises. Et que d’autre part, les viols mis en avant par les médias sont ceux commis dans la rue, par des inconnus ou tueurs en série. Il faut vraiment que le sujet soit spécialement horrible pour que les affaires familiales soient traitées (enfermée 20 ans dans une cache souterraine…).

Pour vous aider à ressentir ce droit, j’ai élaboré une liste non-exhaustive d’exemples, avec réponses.

Mais tout d’abord, et ceci afin de partir non d’opinions ou de considérations, mais de lois établies, voyons quelques définitions :

 

Définition de viol selon le code pénal :

Le viol est défini par le Code pénal (article 222-23) comme tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise. C’est un crime passible de la cour d’assises.
On distingue le viol des autres agressions sexuelles à travers l’existence d’un acte de pénétration qui peut être vaginale, anale ou buccale. Cet acte peut être réalisé aussi bien avec une partie du corps (sexe, doigt, …) qu’avec un objet.

Qu’est-ce que la violence ?

Toujours selon le code pénal : Contrainte illicite exercée sur quelqu’un pour obtenir quelque chose avec son consentement. Fait d’agir sans le consentement de la personne intéressée

Qu’est-ce que le consentement ?

Selon le code juridique : Autorisation donnée, accord donné à un acte légal. Et selon la morale : Acte libre de la pensée par lequel on s’engage entièrement à accepter ou à accomplir quelque chose.

Une petite vidéo sur le consentement :

Maintenant qu’on est au clair avec ces définitions, je vais traiter différents cas pour lesquels il y a viol, même si ce n’est pas reconnu comme tel par la société, y compris au niveau juridique, le code pénal n’étant pas respecté dans bien des cas.

Je vais prendre des exemples ciblés, masculins ou féminins, mais c’est à mettre dans tous les cas, au féminin comme au masculin. Hommes et femmes peuvent être victimes de tous types de viols, et de la part de personnes des deux sexes.

 

J’ai fini par céder à ses insistances, alors que je ne voulais pas.

Quand une personne ne sait pas entendre « non », et qu’elle persiste, cela entraîne une confusion mentale et de la peur chez la victime. Puisqu’un simple « non » n’est pas entendu, qu’un « non » réitéré n’est pas plus entendu, que tous les indices donnés comme tourner le dos, éviter le regard, se couvrir, croiser les bras, signes d’un sentiment de gêne, plutôt que de « l’acceptation entière de s’engager à accomplir l’acte sexuel », ne sont pas entendus, et que la personne persévère dans son intention, alors il s’agit de violence. Forcer quelqu’un, ce n’est pas uniquement physique.

Et puisque la personne qui assouvit ses pulsions sait pertinemment que la personne qui a cédé n’est pas en train de prendre réellement du plaisir, ni ne s’engage pleinement dans l’acte sexuel, se laissant plutôt faire, au lieu de prendre des initiatives, ne le regardant pas dans les yeux avec plein d’amour et en chuchotant son nom, mais plutôt en évitant le regard et en simulant pour que ça se termine plus vite…Quel que soit le déni sur ce sentiment que fait le violeur, au fond de lui, il sait, mais il préfère assouvir sa pulsion, plutôt que d’en tenir compte.

 

J’ai eu des attouchements avec mon grand-frère quand j’étais enfant, et je me sens très mal aujourd’hui, mais à l’époque j’étais consentante.

Un enfant ne peut pas consentir à un acte sexuel provoqué par une personne dite « d’autorité ». Car le simple fait que la personne ait un pouvoir de décision sur le bien-être dans sa vie impacte directement sur sa volonté d’agir. Vous pourrez objecter qu’un frère n’est pas une personne d’autorité, et que c’est aussi potentiellement un enfant lui-même.

En réalité, l’enfant considère que toute personne à qui les parents font confiance pour le prendre en charge, est par extension, une personne d’autorité. Les parents laissent implicitement au frère, sœur, cousin etc. la responsabilité de l’enfant, puisqu’il le laissent seul avec lui. Ce phénomène est décuplé par le rôle donné par la famille à chacun de ses membres.

En effet, bien souvent l’aîné est cité en exemple, ou chargé de s’occuper de ses frères et sœurs, mais parfois ce rôle est donné à l’enfant que l’on utilise le plus, désigné comme coupable ou responsable de tout ce qui se passe en l’absence des parents. Les autres enfants de la famille, dans la grande majorité des cas, plus jeunes, se soumettent à ce schéma, et obéissent à cet autre enfant.

Je n’ai jamais vu, ni entendu parler de deux enfants, qui, spontanément, auraient la même idée de partager une expérience sexuelle. Il y a toujours un initiateur et une victime. Même si l’enfant victime est stimulé sexuellement par l’autre et en éprouve un plaisir physique, il n’a pas demandé à ressentir ces sensations, pour lesquelles son corps n’est pas suffisamment mature.

 

Je lui ai dit que je n’avais pas envie, alors elle m’a masturbée pour que je sois en érection, et j’ai fait l’amour mécaniquement, sans désir.

Voici deux thématiques en un exemple, qui sont très peu reconnues par la justice aujourd’hui : le viol des hommes, et le viol conjugal.

Dans cet exemple, la conjointe a commis un viol, car c’est une stimulation physique non désirée, qui entraîne une confusion du corps au niveau plaisir physique/désir réel. Il s’agit d’une violence, puisque le consentement n’a pas été donné, et que la personne s’est tout de même permise d’accéder au corps de l’autre.

C’est une légende qu’on ne puisse pas forcer un homme à être en érection. La stimulation physique ne se commande pas toujours. Voir ce témoignage édifiant d’un homme violé au cours d’une soirée.

 

J’ai beaucoup bu et j’ai couché avec quelqu’un, je regrette terriblement ce matin.

Sous l’emprise de la drogue ou de l’alcool, on ne peut pas être considéré comme consentant. Le comportement normal et empathique des autres lorsqu’ils constatent l’ivresse ou l’inconscience d’une personne sous emprise, est de la protéger, de veiller à sa sécurité. Exactement comme on empêche cet ami de prendre le volant en lui proposant de dormir sur place, voire en lui prenant ses clés, si on constate que la personne est trop ivre pour le décider elle-même.

Les deux personnes sont ivres ?

Par mon expérience personnelle, mais aussi de nombreux témoignages de patients, j’ai très souvent connu le cas d’une personne ivre, et de l’autre bien plus consciente, et profitant de son ivresse.

J’ai même eu de nombreux témoignages d’hommes qui « faisaient boire » les filles pour qu’elles soient « plus détendues ». Plus vulnérable, en fait. C’est un comportement de violeur.

 

Mes parents laissaient les bande-dessinées, livres ou films érotiques à ma vue quand j’étais enfant.

Cela constitue une agression sexuelle, et même, depuis que le climat incestuel a été reconnu comme étant aussi destructeur que l’inceste lui-même (et par inceste, on entend donc viol, bien que la loi ne le reconnaisse pas toujours), cela devrait être considéré comme un viol.

Un enfant ne souhaite pas être stimulé sexuellement, ou obtenir des informations sur la sexualité avant que son corps ne le lui indique lui-même. Quand un adolescent est prêt à découvrir la sexualité, il le vit physiquement, hormonalement, il le désire, il y pense beaucoup et est très curieux.

Ce n’est pas le cas pour un enfant, qui, stimulé sexuellement, sera très perturbé, et en viendra à rechercher cette source de plaisir (souvent à défaut de recevoir beaucoup d’affection), tout en se sentant très seul. Ce sentiment d’isolement perdurera jusqu’à l’âge adulte.

C’est pourquoi l’éducation sexuelle imposée, en famille, à l’école, ou lors d’expos, est très nocive, car les enfants ne l’ont pas demandé.

La très fameuse « Zizi sexuel » en place à la Cité des sciences pendant de longs mois permettait à des enfants de 8 ans (et on y a vu des bien plus jeunes)  emmenés par leurs parents ou l’école, de connaître tout de la sodomie, de l’éjaculation ou de la fellation.

 

Mon copain m’a réveillée pendant la nuit, avec des caresses, pour faire l’amour et je n’ai pas eu le temps de réfléchir.

L’acte sexuel commis par surprise est un viol. Il y a une grosse tendance, dans les conseils amoureux « comment rendre votre copine/votre homme fou de désir », à conseiller de surprendre son partenaire par des caresses pendant son sommeil.

Pendant qu’une personne dort, son corps n’a d’autre désir que le sommeil. Et si la personne peut sembler « consentante », il s’agit en fait de stupeur et de confusion due à l’émergence forcée du sommeil profond.

 

J’étais au lycée et elle était mon professeur. Elle m’a fait des avances, et excité, j’ai couché avec elle, c’était ma première fois, et je regrette.

Une personne considérée d’autorité, en charge d’enfants ou d’adolescents, n’a absolument pas le droit d’avoir un quelconque rapport sexuel avec eux. Cela peut être un professeur, un animateur, un chef scout…

Même si la majorité sexuelle est à 15 ans, les adolescents continuent d’être des personnes vulnérables, et placés dans une institution ou une autre par leurs parents, ils seront à la merci des personnes responsables.

Pour comparer, que fait un adolescent de 17 ans puni de plusieurs heures de colles ? Il râle…mais il les fait, car « c’est la loi ». Alors, comment considérer que cette professeur agresseur sexuel de son élève, mérite de la compréhension parce qu’elle a « un fort air juvénile » et qu’elle « était amoureuse » ?

 

Pendant l’acte, je me sens mal, je lui demande d’arrêter et il me dit « Attends, je finis ».

Que l’acte sexuel soit en cours ou non, consentir signifie toujours consentir. Si une personne ne veut pas finir sa tasse de thé, on ne la force pas à le faire.

Une pulsion peut se réprimer, même si c’est désagréable. Si la personne persévère à vous pénétrer alors que vous manifester clairement votre volonté d’arrêter, elle choisit consciemment de le faire. Elle se dit « elle me comprendra » ou encore « je n’aime pas qu’on m’interrompt », peut importe, c’est un viol.

 

Ma mère a pris l’habitude de me masturber à l’adolescence, pour m’apprendre la sexualité. Je ne me suis jamais défendu, je pense être un pervers.

C’est un viol, avec circonstances aggravantes, puisque la personne qui commet l’agression est en plus le parent. Un enfant ne peut pas se défendre face à celui ou celle qu’il considère comme sa source principale de sécurité.

Une mère qui fait cela à son fils trahit totalement sa confiance, et qui plus est, agit par tromperie, puisqu’elle lui fait croire qu’elle le fait pour son bien, pour lui enseigner quelque chose. Hors, cette mère sait très bien au fond d’elle, qu’elle profite de son fils sexuellement pour son plaisir, mais cela l’arrange qu’il continue de la croire bonne mère.

En effet, si elle dit à son fils « puis-je te masturber pour mon plaisir ? », elle prendrait le risque d’être découverte, d’être considérée mauvaise, peut-être même d’être dénoncée, et de devoir ainsi faire face aux traumatismes subis dans sa propre enfance.

Cela bien-entendu, s’assortit souvent d’un « il vaut mieux que cela reste entre nous, les autres ne le comprendraient pas », condamnant ainsi l’enfant au silence, en plus du viol. J’ai même entendu le cas d’une mère ayant fait croire à son fils que « tout le monde le faisait, mais ça ne se fait pas d’en parler ».

 

Il n’arrêtait pas de me parler de tester la sodomie et a fini par me convaincre d’essayer. J’ai eu très mal, et je ne l’ai laissé faire que quelques secondes.

Comme dans le premier cas, céder ne signifie pas consentir. D’autre part, ce n’est pas parce que le viol ne dure que quelques secondes qu’il en est moins un viol.

Il est très commun aujourd’hui de valoriser la sodomie comme une chose à essayer au moins une fois dans sa vie, et même certaines personnes culpabilisent ceux ou celles qui n’essaient pas comme étant « prudes » ou peu expérimentés. C’est bien entendu totalement faux, et chacun est libre de choisir les pratiques sexuelles qui lui conviennent.

Ne croyez pas les personnes qui vous diront que tout le monde le fait, car de nombreux couples n’aiment pas cela et ne le font pas.

 

Dois-je porter plainte ?

 

Vous avez toujours le droit de porter plainte. Ce n’est pas à vous de vous sentir coupable si le juge décide que vous étiez consentante, ou même que l’avocat de la partie adverse vous raille. Manquer de preuves ne signifie pas qu’il ne vous est rien arrivé. Ce sont les plaintes et la réussite des procès qui créent la jurisprudence. Par exemple, c’est parce que de nombreuses victimes qui se rappelaient de leur viol très tardivement, et continuaient de porter plainte et sont battues, que la prescription est passée à 20 ans après la majorité.

Vous pouvez signer et partager la pétition
pour l’abolition de cette prescription
et participer à mettre fin aux viols des enfants.

Est-ce que vous devez porter plainte ? Non, vous n’êtes pas obligée de vous confronter à l’énorme machine administrative de la justice, aux humiliations des soi-disant « spécialistes », aux mépris des pervers infiltrés dans le milieu de la magistrature, aux médecins misogynes, car cela peut aussi vous faire du mal !

Vous pouvez aussi ne pas avoir envie de dénoncer une personne, mais plutôt de discuter avec elle, comme par exemple, un membre de votre fratrie, enfant aussi à l’époque, et qui subissait la même violence que vous au sein du foyer. Si cette personne se soigne aussi, et qu’elle reconnaît les violences subies, cela peut être réparateur pour vous. Mais encore une fois, ce n’est pas ce frère ou cette sœur qui doit décider de votre choix, et le but est avant tout d’être reconnu victime. Il est important dans tous les cas, que votre parole soit libre, et que le secret ne soit plus la règle entre l’agresseur et vous.

Mais si vous savez que vous avez été violée, que vous le sentez et que vous avez envie de vous battre, parce que vous vous en sentez la force, et que vous vous adressez aux bonnes personnes, aux bonnes associations, aux bons avocats, bref que vous êtes correctement entourée et conseillée, non seulement cela contribuera grandement au fait de vous réparer, mais ces combats mis bout à bout peuvent constituer aussi de véritables avancées sociales.

Si vous voulez poser vos questions ou donner votre propre témoignage, n’hésitez pas à le faire dans les commentaires.

 

 

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