À lire, à voir

Des livres qui m’ont aidée et construite :

Alice Miller : Le drame de l’enfant doué

Ce livre, c’est la goutte d’eau que mon vase attendait, le dernier clic du Rubick’s Cube, la pichenette qui fait s’écrouler les dominos, bref, c’est mon petit livre rouge du Soi. D’ailleurs le nouveau sous-titre à ce livre (réédité) est « À la recherche du vrai Soi ». Alice, tu m’as sauvée. Elle l’a écrit presque d’un trait, illuminée par ses propres découvertes fulgurantes. J’ai réalisé au cours de mes années en tant que thérapeute, que ce livre n’était pas accessible à tous. Mais je sais aussi qu’il peut mettre du temps à faire son chemin. Il sera une lecture magnifique pour ceux et celles qui se demandent depuis toujours « Mais qu’est-ce qui ne colle pas chez moi ? » et qui ont une tendance accentuée à la maniaco-dépression (un coup ça va supertropbien et un coup çavapasdutouuuuut). À tous ceux qui sont les gentils zenfants à leur maman et qui n’en peuvent plus !

 

Daniel Mackler : Toward the truth

Immédiatement, vous avez peur : flûte c’est en anglais, je lis pas l’anglais, je suis nulle en anglais, j’ai 6 au bac en anglais. Bref, don’t worry, be happy (là vous comprenez, alors hein bon), essayez et lisez avec Google translate à côté du pdf. Ça vaut vraiment le coup, car il a compris tellement de choses et a avancé sur tellement de points qu’il serait dommage de ne pas profiter de son expérience. Je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’il dit dans le détail, mais à ce niveau-là, on pourrait parler de combat de philosophes, car sur le fond, je suis d’accord avec tout. Ce livre explique de manière détaillée, comment guérir en accédant à la vérité. Ce n’est pas le manuel ultime, mais c’est un excellent point de départ pour quelqu’un qui ne trouverait pas de bon thérapeute et serait totalement perdu. Un chemin à suivre quand on ne sait plus rien et à quitter quand on a compris.

 

Arthur Janov : le cri primal

Ce gros bouquin jaune date des années 70 et demeure un excellent point de départ sur la guérison en pratique. Il explique de façon très technique comment le corps enregistre les traumatismes et comment cela fonctionne pour les évacuer. La thérapie primale a fait ses preuves sur de nombreuses personnes, et reste à ce jour le seul moyen connu pour évacuer un traumatisme de manière complète (l’EMDR peut supprimer les symptômes, mais les raisons premières demeurent enregistrées dans l’inconscient). Cela ne marche pas sur tout le monde, mais cela est du à mon avis, bien plus à la façon dont on l’aborde qu’à la technique elle-même. Si on se laisse aller à vivre complètement l’émotion (primal), elle disparaît, et on comprend même très bien pourquoi on allait mal à ce point (insight), c’est donc assez complet. Le bougre est assez gouroutisant, donc bémol sur la violence et la provocation des émotions. On est prêt à vivre ce qu’on doit vivre, et pas plus.

 

Sandor Ferenczi : Psychanalyse IV

Dans ses premières années en tant que psychanalyste, Sandor Ferenczi était le chouchou de Freud, son disciple le plus fidèle et son meilleur propagandiste. Mais sur la fin de sa vie, Freud le bannit de la chair de psychanalyse et le renie publiquement. Il faut dire que Ferenczi a eu l’intelligence (et la possibilité au niveau de son propre vécu) d’expérimenter et de penser par lui-même. Il était aussi doué d’une extraordinaire empathie envers les enfants, un véritable avant-gardiste à une époque où les droits des enfants sont totalement ignorés. Ce recueil de ses derniers ouvrages exprime l’essentiel de sa pensée parvenue à maturation : un devoir de sincérité de l’adulte vers l’enfant, et du psy vers le patient, un devoir de sincérité avec soi-même et la remise en question nécessaire et les raisons profondes des traumatismes durant l’enfance. Il préconise en général la liberté de penser et d’analyser, et participe à la récupération de l’intégrité de la personne en lui permettant une remise en question de l’autorité, du thérapeute ou parent.

 

Pierre Lassus : Maltraitances

Quand un psychiatre et chargé de mission pour la DDASS fait son mea culpa et témoigne de l’horrible réalité de la maltraitance en France, ça fait vraiment froid dans le dos. Lire cet ouvrage permet tout à la fois de prendre conscience de l’incroyable déni de la société vis à vis des souffrances des enfants et de lire des expériences qui peuvent vous rappeler des souvenirs et permettre de mettre des mots sur vos propres vécus. Pierre Lassus dénonce clairement l’aveuglement des professionnels de la santé et de l’enfance, dont il a lui-même été responsable pendant longtemps. Il est important de prendre conscience du monde réel dans lequel on vit. Cela permet de se défaire en partie d’un désir de correspondre à la mentalité ambiente. On a peur de décevoir des personnes que nous pensons éclairées, alors qu’elles se mentent à elles-mêmes, et d’autre part, on s’autonomise face à la guérison, car peu de thérapeutes dans ce pays ne sont véritablement aptes à ouvrir les yeux. Attendre que des aveugles vous tendent des lunettes n’est pas la meilleure idée.

 

Jeffrey-Masson : Enquête aux archives Freud

Pour tous ceux qui se demandent : « Et le complexe d’Oedipe alors ? » et « Doit-on lire Freud? », cet ouvrage sera vraiment éclairant. Jeffrey Masson a été responsable des archives Freud à Londres pendant 1 année. Année qu’il a passé à lire et à se questionner sur les ouvrages du célèbre psychanalyste. Avide d’en savoir plus sur les raisons qui l’ont poussé à abandonner sa théorie de la séduction pour développer celle du complexe d’Oedipe, il part visiter grâce à Anna Freud, le bureau laissé intact de son défunt père, et accède à des lettres demeurées jusque-là secrètes, ainsi qu’à des annotations dans certains ouvrages, laissés tels quels dans les étagères. Il y découvre l’indiscutable vérité. Cet ouvrage a remis en cause les fondements de la théorie qui a servi de tremplin à toute l’oeuvre de Freud, et aujourd’hui, il n’y a guère qu’en France qu’on reste fidèle à ce principe. Conservateurs les Français ? Noooon.

 

Bernard Lempert : Désamour

C’est le seul livre en français qui n’utilise pas la minimisation du « mal aimé » ou même « pas aimé ». Non, lui il dit « haï » et « sacrifié » et il sait de quoi il parle le gus, il a fait une thèse en anthropologie sur le sacrifice (son ouvrage « Critique de la pensée sacrificielle » est par ailleurs excellent, pour ceux qui se passionnent du sujet). Il y a une bonne dose d’analyses des rêves éveillés, et cela peut constituer pour ceux qui se délectent d’analyser tout, un véritable dessert, et pour ceux qui veulent un bouquin solution-droit-au-but, une torture. La première partie est néanmoins géniale à lire pour tous.

(Cette page sera mise à jour régulièrement)